Archive for the ‘Chroniques de films’ Category

Le chemin du paradis

mercredi, juillet 31st, 2019

Qu’est ce qu’on attend pour être heureux ?

Il n’était pas rare, à l’époque, c’est à dire à l’âge d’or du briandisme et de la réconciliation avec l’Allemagne, que le même film fût tourné en deux versions, l’une et l’autre reprenant le même décor, la même anecdote, la même intrigue, la même musique et employant des acteurs pour la plus grande partie différents, chacun jouissant d’une notoriété dans son propre pays, ce qui permettait de diffuser l’œuvre au delà de sa zone de diffusion naturelle. Dans Le chemin du paradis (en allemand Die Drei von der Tankstelle), la vedette, c’est l’anglo-allemande Lilian Harvey qui acquit là une belle notoriété, brisée plus tard par l’évolution de la Germanie. (suite…)

Vacances romaines

dimanche, juillet 28th, 2019

Échappement libre.

Comment un film qui met en premier plan la beauté de Rome, la Ville éternelle, la seule cité qui puisse se piquer d’être au niveau de Paris, avec qui elle est d’ailleurs liée par un traité de jumelage exclusif, pourrait-il être négligeable ? D’autant qu’il est illuminé par la distinction, le talent, l’allure de cette grande légende qu’est Gregory Peck. Et surtout qu’il a révélé, dévoilé au plein soleil de la renommée, fait éclater, la plus gracieuse, la plus charmante, la plus exquise de toutes les actrices d’Hollywood, cette Audrey Hepburn qui avait 24 ans déjà et végétait alors dans de tout petits rôles. Comme il est agréable pour un Français de savoir que c’est, paraît-il, Colette qui la repérant sur le tournage de Nous irons à Monte-Carlo de Jean Boyer avec l’orchestre de Ray Ventura, l’imposa pour jouer Gigi à Broadway, ce qui lui ouvrit la porte des studios. (suite…)

Vaudou

vendredi, juillet 26th, 2019

Maudit tam-tam !

Il est bien dommage que l’exceptionnel talent de Jacques Tourneur pour installer et faire vivre des ambiances inquiétantes ne s’asseye pas, dans ce film, sur un scénario de qualité. On lui prête une parenté certaine avec le roman Jane Eyre de Charlotte Brontë, qui date de 1847, que j’ai bien dû lire en édition abrégée de la Bibliothèque verte à mon adolescence mais que je ne me rappelle pas davantage que Les Hauts de Hurlevent de sa sœur Emily Brontë. Romanesque à l’excès et sans doute un peu pleurnichard à mon goût. Et paradoxalement Vaudou manque assez de cet aspect et demeure guindé, presque superficiel. (suite…)

Une étoile est née

mardi, juillet 23rd, 2019

L’une monte, l’autre pas.

Une étoile est née retrace l’ascension d’une jeune chanteuse, Esther Blodgett (Judy Garland) mise en parallèle avec la déchéance de Norman Maine (James Mason), le comédien qui l’a découverte et qui lui a mis le pied à l’étrier, dont la notoriété commence à pâlir en raison notamment de son alcoolisme. Leurs destinées se croisent et, au fur et à mesure que la renommée d’Esther (rebaptisée Vicky Lester) monte au firmament, la réputation de son mari s’égare dans le fait divers. Chacun des deux est d’ailleurs parfaitement conscient de ce croisement de courbes et le film a le bon esprit de ne pas faire mine de croire que, s’il s’amendait et devenait sobre, Norman pourrait retrouver la vigueur, l’ardeur, le talent des années enfuies. (suite…)

La féline

lundi, juillet 22nd, 2019

Méfiez-vous des femmes !

Il est certain que ça n’a rien à voir avec le navet tourné en 1982 par Paul Schrader qui semblait n’avoir pour unique ambition que d’offrir aux foules égrillardes la gracieuse anatomie de Mlle Nastassja Kinski et quelques images un peu violentes et poussiéreuses d’une sorte de malédiction originelle africaine. Si nous revenons aux sources et regardons le film de Jacques Tourneur avec l’attention qu’il mérite, nous ne voyons aucune complaisance et, bien au contraire, une certaine austérité pour faire monter, au fil des séquences, une atmosphère d’étrangeté bien agréable, comparable à celle qui irrigue Rendez-vous avec la peur, grand film du réalisateur qui donne parmi les meilleures minutes d’angoisse que j’aie jamais ressenties.

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Le rosier de Madame Husson

dimanche, juillet 21st, 2019

Les plaisirs du bocage.

On se demande un peu pourquoi ce n’est pas Marcel Pagnol qui a tourné lui-même sa libre adaptation de la nouvelle égrillarde de Guy de Maupassant et pourquoi il a confié son travail à l’honnête artisan Jean Boyer qui mettait en scène des films comme on enfile des perles. Ce qui ne l’empêchait pas au demeurant de réaliser quelques charmants bijoux, comme Prends la route ou Nous irons à Paris. Il doit en tout cas bien y avoir une raison : peut-être l’échec définitif, critique, public et financier de la catastrophique Belle meunière, romance à dormir debout ratée au delà de l’imaginable. Ayant perdu quelque chose comme 50 millions de francs dans l’aventure (ce qui faisait beaucoup même pour un auteur richissime), il lui fallait sans doute se remettre un peu à flots avec une recette éprouvée. (suite…)

Coup de foudre

samedi, juillet 20th, 2019

Coup de foudre, affiche

Aux deux colombes.

Voilà le genre de films dont on ne se souvient pas dix minutes après l’avoir regardé, tant c’est inconsistant et fuligineux. Et comme ma vision date de presque une semaine, ça n’a rien arrangé ; ah, non, ce n’est pas un des films dont les images vous reviennent, vous sourient ou vous angoissent, vous émeuvent ou vous glacent plusieurs années après que vous les avez découvertes. Je sais qu’il s’agit d’une relation romancée de la vie pendant et après la dernière guerre de la mère de Diane Kurys, juive, et de son amitié singulière avec une autre jeune femme, mais une fois que j’ai dit ça, je demeure un peu coi. (suite…)

Le premier Rasta

jeudi, juillet 11th, 2019

L’Apocalypse est parmi nous.

Je suis toujours émerveillé (en n’étant pas tellement dupe et c’est une litote) de voir comme le Camp du Bien sait mettre en valeur à son profit les trucs les plus farfelus des Damnés de la Terre (nullement antipathiques, mais farfelus) pour tenter de faire honte au Camp du Mal (c’est-à-dire, en gros, l’Occident – qui va, je le rappelle, jusqu’à Vladivostok). En tout cas il parvient (le Camp du Bien), grâce à un vaste système de copinage à financer, réaliser, diffuser un paquet de films qui ne réunissent qu’un public confidentiel (de l’ordre de la dizaine de milliers de spectateurs). C’est que le capitalisme, s’il n’est pas franc du collier, est bon garçon. Ou plutôt qu’il offre ainsi une soupape de sécurité à des gens qui adorent la pétition de principe et la vertueuse indignation. (suite…)

Massacre à la tronçonneuse

mercredi, juillet 10th, 2019

De rouille et d’os.

Voilà un film qui affiche tout de même 45 ans – ce qui, pour beaucoup, permet de le situer dans une sorte de préhistoire dépassée – mais qui comporte toujours la même force agressive, la même capacité à glacer les sangs et à perturber le système nerveux ! Sans doute est-ce dû à la limpidité de l’intrigue et peut-être encore davantage à la simplicité de la façon de filmer de Tobe Hooper qui a pris le parti de ne pas mégoter sur la crasse, le sordide et le dégoûtant. Accumulation de prises de vue sur un monceau de saletés, sur des dents éparses, des corps déchiquetés, des crânes défoncés, des tibias jetés ici et là ; sur une campagne souffreteuse, très plate, très laide, mordue par le soleil. Un soleil qui, d’ailleurs, est omniprésent, grosse boule de feu implacable, fatidique.

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Oasis

dimanche, juillet 7th, 2019

Misère, misères…

Comme il s’agit d’un sujet délicat, qui vous fait facilement passer pour une brute épaisse et sans cœur si vous le traitez sans une profonde empathie, il n’y a plus qu’à marcher sur des œufs pour commenter Oasis. C’est là un film coréen réalisé par un certain Chang-dong Lee (qui me paraît bien moins notoire que Joon-ho Bong dont j’ai bien apprécié Memories of murder mais aussi le rigolo The host et le glaçant Mother).Et ceux qui ont la folle idée de me lire savent que si le cinéma japonais m’interloque (trop de codes culturels différents, sûrement), le cinéma coréen ne me déplaît pas. (suite…)