Archive for the ‘Chroniques de films’ Category

Trois couleurs : Rouge

samedi, septembre 10th, 2022

L’aile du papillon.

Je me rends compte que je ne connais pas tellement le cinéma de Krzysztof Kieslowski. Parce que, filmant les rudes conditions de la Pologne accablée du communisme, il me rebutait ? Parce que, changeant de ton et de manière, il commençait à réaliser des films trop complexes et originaux ? Parce que la brusque, presque brutale faveur de l’Occident l’avait saisi et promu au sommet, l’avait adulé ? Parce que, son œuvre accomplie, il l’avait conclue en décidant de se retirer des écrans, puis en se faisant manger par de sales problèmes cardiaques qui auront sa peau assez vite, en 1996, à l’âge peu respectable de 54 ans ? Un peu de tout ça et surtout une sotte réticence à aller découvrir autre chose que ce qui existe. (suite…)

Jambon, jambon

vendredi, septembre 9th, 2022

Batailles dans la sierra.

C’est peu dire que je n’ai pas pour l’Espagne les mêmes affinités électives que pour l’Italie. Et je crains que l’incompréhension que je ressens pour les comportements et les mœurs d’Outre-Pyrénées ne s’étende à son cinéma. Il est bien vrai que je connais infiniment moins le cinéma ibérique, beaucoup moins diffusé et construit par des réalisateurs moins notoires que l’autre et que si je m’y émergeais je trouverais sûrement des pépites. Il est vrai aussi que je nourris beaucoup d’admiration pour son réalisateur sans doute le plus important, Luis Bunuel, évidemment qui a réussi une carrière chaotique, mais internationale et couronnée de quelques grands films (Los OlvidadosBelle de  jourLe charme discret de la bourgeoisie, par exemple).

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Celui qui doit mourir

vendredi, septembre 9th, 2022

Είναι ζωντανός (Eínai zontanós) Il est vivant.

C’est là un film souvent rude et bouleversant, qui donne quelques coups de poing dans l’estomac au chrétien que je suis. Qui fait méditer sur les dérives des hommes, leur dureté, la distance qu’ils prennent trop souvent avec les convictions qu’ils affichent ou même qu’ils professent. Mais aussi sur l’apparent Silence de Dieu et enfin sur les territoires quelquefois brouillés, confus, difficiles à discerner entre l’Ordre et le Désordre, entre Créon et Antigone. Éternelle et obsédante question tellement difficile à résoudre ou même à poser. (suite…)

Ce soir les souris dansent

vendredi, septembre 2nd, 2022

On boira de la manzanilla.

Comment ce film ridicule d’un réalisateur espagnol inconnu m’est-il arrivé entre les mains ? Nécessité, dans une boutique qui solde des DVD de compléter mes emplettes ? Tout petit prix proposé sur un site de discompte ? Autre occurrence ? Je n’en ai aucun souvenir ; et d’ailleurs c’est bien préférable puisque que ça me permet de ne pas trop pleurnicher sur la décadence de mes facultés intellectuelles qui m’ont conduit à regarder cet épouvantable navet pendant plus d’une heure et demie. C’est comme ça, ça permet de constater le peu de prise que l’on a sur sa propre vie, puisque de ces instants si limités qui sont les nôtres, quand on s’approche de leur fin on parvient pourtant à en perdre une certaine partie. (suite…)

Sleepers

jeudi, septembre 1st, 2022

La joie de vivre !

Quatre garnements audacieux, virevoltants, inséparables, audacieux, dans un quartier blanc pourri de New-York en 1967. Quatre gamins d’origine irlandaise ou italienne, dont les parents n’ont pas beaucoup de sous, dont les familles, sans éclater, ne sont pas des havres de paix. Le havre, ils le trouvent à l’église où Robert Carillo (Robert De Niro), un prêtre intelligent, ouvert, aux mains généreuses et ouvertes. Carillo, qui fut plus avant bien proche d’être une canaille et un tueur, veille sur eux avec tendresse, anxiété, subtilité. Des garnements, donc, un peu truqueurs, un peu voleurs, qui grandissent sous l’œil bienveillant du prêtre mais aussi sous celui du Parrain du quartier King Benny (Vittorio Gassman) qui les couve affectueusement : après tous, quand ils seront un peu plus âgés, il pourra toujours les enrôler dans ses trafics. (suite…)

Opération peur

lundi, août 29th, 2022

Petite musique de nuit.

Ne se fier en aucun cas au titre allemand (!) du film de Mario Bava qui est Die toten Augen des Dr. Dracula (Les yeux fermés du Docteur Dracula), qui est complétement stupide et fallacieux, mais déplorer que les titres italien et français, Opération peur soient si ternes. Déplorer que Bava ait eu aussi peu de moyens et de temps pour réaliser le film mais se féliciter que son talent ait su transcender ces handicaps en le poussant à de nombreuses innovations ingénieuses. Surtout apprécier l’originalité réelle du scénario et goûter retrouver là le cinéaste que l’on aime, ce créateur d’atmosphères angoissantes et d’ambiances troubles. (suite…)

Ennio

samedi, août 27th, 2022

Si proche de la grâce…

Avec les diverses Germanies, il n’est pas contestable que l’Italie est le pays de la musique. Et il serait bien extraordinaire que ce pays enchanté n’ait pas donné au cinéma, l’art nouveau et majeur du 20ème siècle de merveilleux animateurs, compositeurs de musiques de films. On citera beaucoup Nino Rota, qui a fait sa carrière avec Federico Fellini, qui n’est pas du tout désagréable, dont pourtant les mélodies sont minimales, mais il faut évoquer d’autres grands noms. Sans aller chercher trop loin, en voici d’autres, avec leurs compositions que je préfère d’eux : Claudio Gizzi (Du sang pour Dracula), Carlo Rustichelli (Mes chers amis), Riz Ortolani (Cannibal holocaust). Des compositions superbes, assurément. (suite…)

JLG/JLG

samedi, août 27th, 2022

Accablant, inutile, exaspérant.

Je crois bien que c’est là le premier film de Jean-Luc Godard d’après 68 que je regarde ; depuis que, grisé par les fariboles et la stupidité arrogante de Mai 68, il a quitté ce qu’on pourrait appeler le cinéma des spectateurs. Remarquez bien que ses films d’avant, même À bout de souffle, même Le mépris, les films de Godard qu’aiment ceux qui n’aiment pas Godard ne m’ont jamais paru valoir tripette et que la prétention, la suffisance, le nombrilisme du bonhomme m’ont toujours paru de mauvais aloi. Mais il y avait donc pire que Pierrot le fouDeux ou trois choses que je sais d’elle ou La Chinoise. Il y avait ce qui s’est passé après la crise de conscience maoïste grotesque (pléonasme, non ?). (suite…)

As bestas

jeudi, août 25th, 2022

La douceur du village.

Film fort, tendu, puissant. On pourrait écrire aussi sauvage en évoquant le décor, un hameau perdu de l’intérieur de la province de Galice, à l’extrême nord-ouest de l’Espagne. Décor à la fois grandiose et sombre à l’image des montagnes et des forêts qui l’entourent, aussi sordide, boueux, crasseux comme le sont les rudes maisons, les chemins escarpés, le ciel presque toujours couvert. Austère et rugueuse Espagne ; on retrouve dans As bestas la même sévérité, le soleil en moins, que dans Terre sans pain, un des premiers films de Luis Bunuel tourné plus au sud, en Estrémadure.

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La messe est finie

mardi, août 23rd, 2022

Journal d’un prêtre un peu las.

Drôlement intéressant et drôlement bancal, ce film qui décrit avec talent la vie sans particulier éclat d’un jeune prêtre italien en 1985 ; un jeune prêtre confronté à toutes les dures réalités de l’existence, qui laissent bien peu de place aux idéaux. Dix ans auparavant, d’ailleurs, ce jeune prêtre, Giulio (Nanni Moretti, le réalisateur du film lui-même)et sa bande d’amis romains vivaient des espérances révolutionnaires, prétendaient changer le monde par la Révolution, ce mot absurde et passe-partout où l’on met tout ce qu’on ne sait pas dire, à part sa rage et son feu intérieur. Après un ministère dans une jolie île rieuse du sud de l’Italie, Giulio est rappelé à Rome pour desservir une paroisse de la lointaine banlieue. (suite…)