Archive for the ‘Chroniques de films’ Category

Saint-Cyr

samedi, août 29th, 2020

La cabale des dévots.

Disons d’abord que les cinéastes français ont bien de la chance. Ils parviennent à réunir des financements – des financements importants – pour des films et sur des sujets dont le propos et l’allure les vouent à des insuccès publics évidents, hors une appréciation d’estime délivrée par ce que Godard appelait les professionnels de la profession. Parce que tourner deux heures d’images – souvent bien belles, d’ailleurs – sur l’ambition de Françoise d’Aubigné, veuve Scarron, marquise de Maintenon, épouse morganatique de Louis XIV, de donner à des jeunes filles de bonne noblesse mais désargentées (comme Maintenon elle-même, au demeurant) une éducation de qualité n’est pas précisément un thème censé faire affluer des régiments de spectateurs dans les multiplexes de banlieue. (suite…)

Le petit fugitif

lundi, août 24th, 2020

La ville est un échiquier.

Dans la chaleur d’un été new-yorkais du début des années 50. Un quartier pauvre, mais sans excès. Des terrains vagues, des murs de briques, des rues sans grâce. Tout ceci avec des enfants qui s’ennuient et jouent avec n’importe quoi. Un coin de Brooklyn, sans doute. Projet de copains d’aller passer la journée du lendemain à Conney Island, dans cette sorte de péninsule sablonneuse vouée depuis longtemps, par sa plage et son parc d’attractions au divertissement de la lower middle class. Rien de bien original dans l’interminable paysage des vacances d’été qu’on est bien obligé de passer chez soi et entre soi. (suite…)

Deep end

samedi, août 22nd, 2020

Comment l’esprit ne vient pas aux garçons.

Voilà un film très bizarre. Une coproduction germano-britannique tournée en 1970 par un cinéaste polonais, Jerzy Skolimowski, qui jouissait alors d’une certaine renommée et d’un grand succès critique, mais peut-être avant tout parce que, comme Roman Polanski d’ailleurs, il constituait aux yeux occidentaux une image de la rébellion intellectuelle polonaise. Un peu comme en Tchécoslovaquie de la même époque avec Milos FormanJiri Menzel, Vera Chytilova ou en Hongrie avec Miklós Jancsó. Des réalisateurs dont les ciné-clubs étaient férus et qui apportaient assurément un autre regard en Europe de l’Ouest, mais dont la singularité pouvait décontenancer.

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La beauté du diable

mardi, août 4th, 2020

Deux cavaliers de l’orage.

Qu’est-ce qui me retient de mettre seulement la moyenne à La beauté du diable, bizarrement jamais vu jusqu’à aujourd’hui ? En aucun cas par déférence ou admiration vis-à-vis de René Clair, qui fut un cinéaste inventif et distingué mais qui à mes yeux n’a jamais tourné de chefs-d’œuvre, ni même de très grands films. Sans doute en bonne partie pour la qualité du filmage, décors et prises de vues qui incarnent au plus haut degré le classicisme cinématographique, ce que les galopins des Cahiers du cinéma ont baptisé la Qualité française contre quoi ils ont inventé le concept douteux de Nouvelle vague. Mais surtout pour un acteur, un seul. (suite…)

Nos jours heureux

mercredi, juillet 29th, 2020

Cantique de la marmaille.

Il ne faut pas, évidemment, se laisser entraîner par ses propres souvenirs d’enfance et songer toujours de retrouver quelques anecdotes et épisodes vécus et transposés de façon très honorable par le duo qu’un homme d’esprit a baptisé  Les Nakadano, c’est-à-dire Olivier Nakache et Éric Toledano, désormais importants pourvoyeurs de succès dans le cinéma français. Je précise d’emblée que je n’ai rien contre ces deux cinéastes, pour la bonne et simple raison que je n’avais vu d’eux jusqu’alors que le plus récent Le sens de la fête, qui m’avait bien plu par son originalité dans le magma informe des films prétendument comiques.

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Vipère au poing

dimanche, juillet 26th, 2020

La tête en charpie.

Avant de venir au fond du sujet, ou plutôt à l’extraordinaire puissance du récit à forte tonalité autobiographique d’Hervé Bazin, disons un mot de ce qui l’entoure, qui, tout en le rendant de qualité intemporelle, l’ancre précisément dans son époque. Nous sommes en 1922. La société ancienne se survit, avec ses beaux domaines, sa domesticité nombreuse, son respect des traditions, son sens presque maniaque de la famille. Elle a pourtant déjà été blessée grièvement par la Monarchie de Juillet (Enrichissez-vous !) et par les folles spéculations du Second Empire et de la République bourgeoise. Et le coup de grâce lui a été porté par la Grande Guerre. (suite…)

Fitzcarraldo

vendredi, juillet 24th, 2020

Le pays de la création inachevée…

On ne peut pas ne pas trouver les points communs évidents qui relient dans l’œuvre de Werner Herzog deux de ses films majeurs,

Fitzcarraldo et Aguirre mais il ne faudrait pas tomber dans le panneau consistant à en chercher méticuleusement ressemblances et oppositions, inspirations et changements de cap. C’est un exercice où il faut essayer de tenir la ligne droite et d’être rigoureux, parce que Klaus Kinski, l’enfer vert de l’Amazonie, la brume revêche, les fleuves rugueux, les rapides terribles et les indigènes interloqués, ça fait tout de même beaucoup. (suite…)

Le cimetière des voitures

vendredi, juillet 24th, 2020

Ouh là là, quelle audace !

J’ai l’impression qu’on ne parle plus guère maintenant de Fernando Arrabal qui a pourtant connu une considérable notoriété il y a une bonne cinquantaine d’années comme dynamiteur du théâtre et un des héritiers du courant surréaliste. Il est vrai qu’il se dirige, à l’heure où j’écris, vers ses 88 ans, qu’il atteindra au mois d’août prochain. Remarquez, ce n’est pas tellement une raison, puis-je assener (avec une réelle mauvaise foi) puisque demain 24 juillet, nous célébrerons le 132ème anniversaire de la naissance d’Alexandre Dumas, qui me semble être pour sa part demeuré en plein éclat de gloire. (suite…)

Comme une image

lundi, juillet 20th, 2020

Et qu’est-ce qu’on peut y faire ?

Il ne faut pas compter sur Agnes Jaoui et Jean-Pierre Bacri pour écrire des films rassérénants, optimistes et bienveillants. Ces deux-là, qui sont Juifs de Méditerranée, ont tôt compris que le monde n’était pas une partie de plaisir où tout tendait à s’arranger et, en fin de compte, allait forcément vers des fins heureuses. Le grand soleil impitoyable du Sud, on le sait depuis les Tragiques grecs, perpétués jusqu’aux histoires glaçantes de Jean Giono,n’est pas propice à la tendresse bienheureuse que lui offrent les contrées tempérées au soleil moins implacable. La douceur angevine n’a qu’à passer son tour. (suite…)

Les 5000 doigts du Dr. T

dimanche, juillet 19th, 2020

« Petit garçon il est l’heure d’aller se coucher… »

Voilà un film dont le titre étrange et séduisant, la réputation d’originalité et d’intelligence, la perspective de rejoindre les hautes lignées merveilleuses, enchanteresses du Magicien d’Oz m’avaient de longue date décidé à le regarder en famille, ma petite-fille (8 ans et demi) blottie contre mon flanc au cas où une scène un peu impressionnante exigerait l’intervention pacifiante de son grand-père ; les enfants adorent avoir peur, toutes les histoires de Barbe-Bleue, du Petit Poucet, de Blanche Neige, de Peau d’âne vous le diront, à condition qu’ils aient à côté d’eux un lien rassurant avec la réalité, qui pourra d’ailleurs aller consoler plus tardivement le cauchemar nocturne. (suite…)