Archive for the ‘Chroniques de films’ Category

Les trois jours du Condor

mardi, novembre 3rd, 2020

Un jour comme un autre.

Ah il est vrai que ça part à 200 à l’heure – et même à 250 – et qu’on est ébloui, émerveillé, scotché dans son fauteuil, lorsque dans cette agence occulte pilotée par la CIA, un massacre couche au sol en un rien de temps et avec une grande facilité sept braves employés routiniers de l’agence de renseignement. Des agents dont le boulot consiste à traquer, dans toutes les publications du monde, les failles de sécurité, les anomalies, les fuites potentielles qui pourraient mettre en péril les orientations et la politique impériale des États-Unis. Dans un grand appartement sans charme de New-York travaillent sans trop se fouler une petite dizaine de fonctionnaires un peu flemmards et sans doute guère bien payés. Jusqu’à ce que surgisse l’impensable : le massacre. (suite…)

Mr. Smith au Sénat

lundi, novembre 2nd, 2020

God bless America !

Il faut reconnaître à Frank Capra le grand mérite de réaliser un film sympathique et même attachant sur les plus grandes naïvetés des États-Unis d’Amérique : l’adulation de la Constitution, la croyance en la démocratie et la certitude qu’en fin de compte le Bien triomphera du Mal ; ces billevesées qui ont suscité l’enthousiasme et la détermination des émigrants puritains du Mayflower et qui continuent encore aujourd’hui à irriguer le cœur profond de cette étrange nation. À tout le moins tant qu’elle ne sera pas submergée par la conjonction intersectionnelle des minorités agissantes. Toujours est-il qu’il y a dans Mr. Smith au Sénat, au delà de la vivacité brillante du récit, une sorte de plaidoyer illuminé en faveur d’un pays qui se croit béni par Dieu et capable de donner des leçons au monde entier. (suite…)

Sunshine

vendredi, octobre 30th, 2020

Le paradis est nettement plus loin.

Il ne faut évidemment pas être trop exigeant sur les détails et imaginer qu’on assiste dans Sunshine à une tentative réaliste de sauvetage de notre pauvre et chère Humanité. Déjà penser qu’en 2057 (je n’aurai alors que 110 ans et je m’espère encore en pleine forme, bon pied, bon œil), l’éclat de notre cher Soleil se sera tellement atténué que notre encore plus chère Terre connaîtra une période glaciaire est idiot. D’abord parce que les scientifiques les plus pessimistes assignent à cette inéluctable extinction un peu davantage de temps : cinq milliards d’années, au bas mot. Ensuite parce qu’il me semble que la doxa actuelle ne cesse de pleurnicher, pour les prochaines décennies, à un réchauffement de notre planète, apparemment vraisemblable, mais où la misérable action humaine n’est certainement pour rien, ou si peu de chose…

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Un tramway nommé Désir

jeudi, octobre 29th, 2020

La comédie du désastre.

Il y a sûrement quelque chose un peu maléfique, assurément quelque chose de malsain dans l’atmosphère trop touffue de ce Sud profond des États-Unis, d’où nous arrivent, comme ça, des bouffées de haine et de dégoût, des histoires de folies et de frustrations qui surgissent au milieu des bayous, des tulipiers chargés de mousse espagnole, dans une atmosphère étouffante.

On songe aux horreurs de Angel heart d’Alan Parker, à la cruauté de Chut, chut, chère Charlotte de Robert Aldrich. (suite…)

Enquête sur un citoyen au dessus de tout soupçon

mardi, octobre 27th, 2020

Fripounet et Messaline.

Me voilà bien navré de ne pas pouvoir partager l’enthousiasme général et les dithyrambes éloquents sur ce film d’Elio Petri dont la qualité du titre, vigoureux et agressif, de la musique (d’Ennio Morricone évidemment) et de l’interprétation est, de fait, absolument remarquable. Mais, comme souvent, les films un peu mythifiés, dont on attend tant et plus et davantage, font souvent subir ce genre de déconvenues ou plutôt de légères déceptions : on vous a tant vanté le ton percutant, l’intelligence du récit, la subtilité des dialogues de cette Enquête que le préjugé favorable dont elle bénéficiait ab initio s’effrite au fur et à mesure qu’elle se déroule. (suite…)

Docteur Mabuse : le joueur

samedi, octobre 24th, 2020

Lanterne sourde.

Pour n’avoir jamais lu la moindre ligne des romans d’aventure de Norbert Jacques, écrivain luxembourgeois qui ont tenté de donner au Docteur Mabuse une silhouette analogue à celle de l’immense Fantômas, je suis bien incapable de dire s’il y avait dans ce qu’il écrivait le même cynisme et la même cruauté que celle des livres de Pierre Souvestre et Marcel Allain. C’est fort possible, mais enfin ça ne peut être qu’une copie, possiblement très réussie, je veux bien le croire, de la légende sombre de cette sorte de Démon du Mal. Pourquoi pas ? Toujours est-il que dans l’Allemagne terriblement complexée des lendemains de sa défaite, cette sorte de génie maléfique a connu un succès à la mesure de sa malfaisance ; certains en ont d’ailleurs interprété sa prévalence comme une figure du nazisme qui pointait son nez. Pourquoi pas, d’ailleurs ? L’éternelle Germanie est toujours prête à se donner à un épouvantable maître… Voilà un fait de nature. (suite…)

Géant

mercredi, octobre 21st, 2020

L’État de l’étoile solitaire.

Trois heure vingt de film et pourtant l’impression, à la fin, que le réalisateur George Stevens, qui avait pris son temps au début pour poser la situation et les personnages, les présenter aux spectateurs, a tendance à bâcler son histoire. Parce que dans les derniers trois quarts d’heure, tout se précipite et s’amoncelle, parce que surviennent révélations et catastrophes, parce que le temps est comprimé, que les ellipses se multiplient et que le récit explose et, de ce fait, perd sa limpidité et sa cohérence. C’est-à-dire que l’ampleur de la chronique aurait pu justifier une ou deux heures supplémentaires pour mieux mettre en exergue et présenter l’étonnante mutation qui va faire passer le Texas des grands espaces sans fin, aux ranches de plusieurs dizaines de milliers d’hectares à la terre promise du pétrole. (suite…)

1974 – Une partie de campagne

dimanche, octobre 18th, 2020

« Je vous parle d’un temps… »

Les jeunes gens d’aujourd’hui – c’est-à-dire, dans mon esprit ceux qui ont moins de cinquante ans – auront du mal à imaginer, s’il leur vient l’idée de regarder le film de Raymond Depardon, l’extrême intérêt que ce document présente pour les vieilles gens de ma complexion et de mon âge. Et, à dire vrai, je ne crois pas vraiment qu’ils puissent s’y intéresser, tant ce documentaire passionnant est profondément ancré dans le moment précis où il a été tourné et nécessite, pour qu’on le goûte vraiment, sans doute moins des connaissances sur la période (qu’on pourrait acquérir par des livres) que des souvenirs de ce qu’on voit à l’écran. (suite…)

Le loup de Wall street

jeudi, octobre 15th, 2020

De bons petits diables.

Comment se fait-il que je ne me sois pas ennuyé une seconde devant Casino et que j’aie trouvé Le loup de Wall street interminable ? Les deux films de Martin Scorsese ont une durée analogue de près de trois heures et explorent l’un et l’autre les tréfonds de la bassesse friquée, bien flanquée des dépendances parallèles de la drogue et au sexe. On voit dans l’un et l’autre la morgue étasunienne et l’adulation du dollar, le mépris des pauvres gens – c’est-à-dire des gens honnêtes – et la marche infernale vers la chute terminale. Dans l’un et l’autre il y a des acteurs de grande qualité et des filles superbes, Robert De Niro et Sharon Stone ici, Leonardo DiCaprio et Margot Robbie là. (suite…)

La sirène du Mississippi

lundi, octobre 12th, 2020

Une noyade.

Allons, soyons francs, soyons lucides et ne nous racontons pas d’histoires : si La sirène du Mississippi n’avait pas été réalisée par François Truffaut, dans quelle catégorie infamante aux yeux de la critique et des médias du Camp du Bien (rangeons là Le MondeTéléramaLes Inrockuptibles et une palanquée d’autres, moins notoires) le film serait-il rangé ? Cette sorte de récit aussi tordu que torturé pouvait faire jadis le miel et le lait des cinéastes du Samedi soir, coutumiers des histoires un peu noires, à tonalités policières mais en aucun cas entrer dans les cases révérées par la Nouvelle vague. (suite…)