Archive for the ‘Chroniques de films’ Category

Silvio et les autres

mercredi, novembre 7th, 2018

Des bleus à l’âme.

À mes yeux un film aussi vilipendé par toute la presse bien-pensante, de Télérama au Nouvel Observateur en passant par les Cahiers du cinéma (et sans doute Les Inrockuptibles, mais je ne suis pas allé voir) ne pouvait que me séduire. Car si Silvio et les autres était le récit des pérégrinations d’un prostitué transsexuel guatémaltèque ou de la lutte d’un orphelin tchétchène pour retrouver sa dignité, il en serait tout autrement. Mais ce n’est évidemment pas le cas. Au fait, ce que la doxa reproche à Paolo Sorrentino, d’ailleurs est précisément ce qui me plaît en lui : le diagnostic du vide de notre civilisation occidentale, le regard froid sur son effondrement vraisemblable, le désenchantement de tout le monde, la beauté immuable des choses qui s’engloutit peu à peu. Mais je crois aussi que les jappements mauvais de cette presse vient de que le réalisateur ne prononce pas une condamnation sans nuances de la personnalité qu’il filme, ce Silvio Berlusconi qui a ensorcelé longuement l’Italie et la fascine encore, par un mélange de vulgarité, de roublardise, de générosité un peu folle, de crapulerie à peu près assumée et par un goût de la ragazza qui terrifie et scandalise les pays du Nord, confits d’hypocrisie et de puritanisme. (suite…)

Une nuit en enfer

dimanche, novembre 4th, 2018

Œuvres poétiques complètes.

Il est tout à fait absurde et ridicule de réaliser un film aussi hétéroclite où la première partie, très classique mais très efficace est aussi contredite par la seconde, échevelée, délirante, farfelue et qui dépasse assez nettement les limites du grotesque. Et puisqu’il s’agit d’un scénario de Quentin Tarantino, voilà qui n’éclaire pas trop mon regard sur la filmographie de celui que certains tiennent pour un cinéaste majeur : un grain de folie, ça va encore, un boisseau, ça déconcerte complétement. J’ai patiemment regardé les trois derniers quarts d’heure en bâillant et en consultant ma montre parce que l’accumulation des effets spéciaux, des transformations physiques, des hurlements de damnés, des chairs arrachées, du sang et des fluides divers qui jaillissent avec une jactance vigoureuse, des sauvetages miraculeux, des morts inattendues et de tout le tremblement ne peut divertir que des adolescents décérébrés. (suite…)

L’ivresse du pouvoir

mardi, octobre 30th, 2018

Heure exquise, qui nous grise, lentement…

En paraphrasant ce qu’on a dit sur un sujet plutôt différent, je pourrais dire que Claude Chabrol pose de bonnes questions mais donne de mauvaises réponses puisque, manquant de rythme et de cohésion, il filme une sorte de mixture où l’on ne sait trop si l’on assiste à une reconstitution à peine masquée de l’affaire ELF, à une dénonciation vertueuse des liens qui unissent l’appareil d’État, le monde politique, la Françafrique et les grandes entreprises, ou encore au vertige mégalomane ressenti par un juge d’instruction décidé à casser plusieurs baraques. (suite…)

L’incompris

mardi, octobre 30th, 2018

Le fils préféré.

C’est l’histoire d’Andrea (Stefano Colagrande), un gamin d’une dizaine d’années, qui est intrépide, pur, courageux, un peu rebelle, qui vit encore à pleines bouffées dans le monde mystérieux de l’enfance dans une sublime maison patricienne de la sublime ville de Florence. Il vient de perdre sa maman. C’est aussi l’histoire de son père, Sir John Duncombe (Anthony Quayle) qui est Consul général de Grande-Bretagne. Il est éperdu de douleur mais, en fier Britannique de la gentry, il n’en laisse rien voir. Et enfin l’histoire de Milo (Simone Giannozzi), petit frère d’Andrea, qui ne doit pas avoir beaucoup plus de six ans.

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Bienvenue à Marly-Gomont

samedi, octobre 27th, 2018

Bons sentiments et bonne surprise.

J’ai commencé à regarder le film avec un franc parti-pris de goguenardise : l’histoire de ce médecin zaïrois qui vient s’installer, en famille, dans un village plouquissime de la Thiérache, du côté de Guise, qui a bien de mal à s’y acclimater et qui finit par y être totalement intégré me semblait devoir être agressivement politisée et extrêmement niaise. J’ignorais par ailleurs qu’il s’agissait d’une histoire vraie, relatée d’abord par un rappeur nommé Kamini dans un titre à succès et dont la substance a donné lieu au film de Julien Rambaldi. (suite…)

Les voleurs

mercredi, octobre 24th, 2018

Linge sale en famille.

Je ne connais pas tellement le cinéma d’André Téchiné. Je n’ai vu de lui qu’un bout de J’embrasse pas, le monde glauque de la prostitution masculine me glaçant absolument ; et puis Ma saison préférée, plutôt apprécié, malgré des bizarreries décontenançantes et déjà tourné avec Catherine Deneuve et Daniel Auteuil comme le sont Les voleurs. Ce n’est pas tout à fait là le cinéma que j’aime, quoiqu’il faille reconnaître au réalisateur une grande habileté dans la direction d’acteurs et une impeccable virtuosité narrative. (suite…)

Vous n’avez rien à déclarer ?

lundi, octobre 22nd, 2018

À franchement parler…

Allez, je vais mettre d’abord un peu l’eau à la bouche à ceux qui apprécient le cinéma français de l’âge d’or et encore davantage à ceux qui apprécient les acteurs ! D’autant que ceux que je vais citer ne sont pas tous de second rang. J’y vais ? Jean PoiretMichel SerraultPierre MondyMarie-Josée Nat… Et aussi Jacqueline MaillanJean TissierRaymond DevosPauline Carton… Vous en voulez encore ? Côté jolies femmes Madeleine Lebeau (qui fut employée par Raoul WalshMichael Curtiz et même Federico Fellini) et l’alors toute jeune et déjà ravissante Michèle Girardon, la délicieuse Betty d’Hatari d’Howard Hawks(suite…)

Cigarettes, whisky et p’tites pépées

vendredi, octobre 19th, 2018

Dans la nuit éternelle emportés sans retour…

Il ne peut pas, selon notre vieux camarade Aristote, exister un excès de bien. Il me semble d’ailleurs, de la même manière, qu’il n’y a pas de limite à l’embrasement et à la chaleur, toujours susceptibles d’être accrus. Mais il existe, en revanche, selon les physiciens, un Zéro absolu, température où les atomes les plus vigoureux ne peuvent plus bouger le moindre cil. Eh bien, voilà qui est très regrettable, tant on aimerait que puisse être forgé un concept à même de largement descendre en dessous de ce Zéro absolu, tout au moins en matière de cinéma. Parce que si jusqu’alors j’avais trouvé dans le stupéfiant Bonjour sourire de Claude Sautet le critérium absolu de la nullité filmée, je viens de descendre plusieurs marches encore après la découverte de Cigarettes, whisky et p’tites pépées. (suite…)

007 Spectre

jeudi, octobre 18th, 2018

L’errance du Titanic.

Ce qui est bien triste, et même assez navrant, c’est qu’au box-office français, ce 007 Spectre accumule à peu près 5 millions de spectateurs, presqu’autant que Bons baisers de Russie, davantage en tout cas que Dr. No et écrase le pourtant très bon Au service secret de Sa Majesté. Que dire et que penser ? Pour qui, comme moi, a si violemment ressenti et aimé l’irruption du personnage de James Bond dans le monde assez ringard des films d’espionnage et qui voit depuis des décennies s’abâtardir et se vulgariser un des rares mythes constitués au cœur du siècle dernier, c’est désolant. (suite…)

Casino Royale

jeudi, octobre 18th, 2018

Absurde. Inutile

J’ai vu ça, pendant les brumeuses Fêtes, pour me laver un peu la tête de l’admirable Twin Peaks… Bof ! qu’en dire ? ce n’est pas mal fait, mais, outre que ça n’a plus rien à voir – depuis longtemps ! – avec la mythologie bondienne, ça donne une impression d’absolue ringardise… (suite…)