Archive for the ‘Chroniques de films’ Category

Ginger et Fred

jeudi, août 26th, 2021

Affiche

La tragédie n’est pas loin.

Sans doute tourné par Federico Fellini pour rendre, après Juliette des esprits, un nouvel hommage à la femme de sa vie, Giulietta Masina, l’avant-dernier film du réalisateur l’a aussi largement été pour faire pièce à la télé-poubelle importée en Europe par Silvio Berlusconi, en dénoncer les aberrations, en montrer les décors sordides. Tout cela prenait place en 1985. On peut dire que cet aspect, si déprimant, exaspérant qu’il est a perdu beaucoup de sa virulence. Car, qu’on le veuille ou non, nous nous sommes habitués à la débilité méprisante (pour leurs participants et pour. les spectateurs) de ces émissions qui fleurissent désormais sur presque toutes les chaînes. Koh-LantaLes Marseillais contre le reste du monde (ou les Chtimis, d’ailleurs), Quatre mariages pour une lune de miel, voilà ce qui passe tous les jours et qui marche un maximum. En tout cas pour les vieux qui regardent encore la télé, les jeunes ayant déjà migré vers autre chose. Ce qui est d’ailleurs assez drôle puisque la télé-poubelle a largement contribué à tuer le cinéma comme loisir populaire. (suite…)

Casanova, un adolescent à Venise

mardi, août 24th, 2021

Éternel opéra.

Lorsque le film commence, en 1733, Casanova, né en 1725, est âgé de 8 ans. Lorsqu’il s’achève, en 1742, il en a 17 et il a décidé, pour réussir sa vie, à ne pas suivre la voie ecclésiastique qui lui était promise et où il aurait été éclatant, mais celle de son plaisir. C’est d’ailleurs peu dire que, pendant de longues années, il y réussira parfaitement, avant d’achever son existence dans des tonalités bien plus sombres, en 1798, à Dux, en Bohême, dans l’exil, la pauvreté et l’abandon. Un aventurier éclatant et séduisant, une image de ce que fut notre Civilisation. (suite…)

L’entreprenant M. Petrov

samedi, août 21st, 2021

Les ailes de la danse.

Les esprits grincheux pourront bien avancer que les films féeriques qui mettent en scène Fred Astaire et Ginger Rogers étaient des paravents commodes pour dissimuler au monde que les États-Unis connaissaient, depuis novembre 1929, une crise épouvantable dont ils ne sortiraient que grâce à la guerre ; les puristes se moquer des scénarios funambulesques et invraisemblables des comédies musicales ; les penseurs profonds déplorer que le genre ne présente – ou presque – que des gens favorisés par la Fortune, riches et beaux, qui vivent une vie qui n’a rien de commun avec les tristes réalités ; les esprits forts se gausser que, à des moments donnés et fréquents, le récit s’interrompe pour laisser la place à une séquence chantée ou dansée.

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Hiroshima mon amour

vendredi, août 20th, 2021

Au delà du néant.

J’étais bien trop jeune, en 1959, pour aller regarder un film qui fit alors quelque bruit ; et si j’avais été en âge de choisir les spectacles que j’étais admis à voir, j’aurais sûrement pensé qu’il pouvait s’agir d’un documentaire sur la bombe atomique ou, au mieux, sur un monstre affreux surgi des horreurs de la radioactivité (du type Rodan). Mais qu’est-ce qui m’a fait me méfier et passer mon tour, cinq ou six ans plus tard, lorsque le film d’Alain Resnais est passé dans les cinémas d’art et d’essai et que de graves professeurs nous ont conseillés d’aller découvrir Hiroshima mon amour ? Peut-être une sorte d’intuition de bon sens, un refus de céder à la gugusserie ambiante et à la jactance universelle. (suite…)

Bac Nord

mercredi, août 18th, 2021

Est-il déjà trop tard ?

Après la présentation de Bac Nord au dernier Festival de Cannes, un journaliste irlandais a déclaré Moi je me dis : peut-être que je vais voter Le Pen après ça !. D’une certaine façon, il accusait donc le réalisateur, Cédric Jimenez de faire le jeu du Rassemblement national, ce qui est, comme on le sait, le crime majeur de notre époque ; mieux vaudrait en effet avoir assassiné père et mère et violenté ses enfants qu’être complice d’un populisme toujours aussi nauséabond. D’ailleurs Jimenez s’est débattu comme un beau diable contre cette infamante accusation. (suite…)

I Vitelloni

mardi, août 17th, 2021

Province, désert sans solitude.

Il n’est pas douteux que les films de bande sont les plus déprimants qui se puissent. Sous l’apparente connivence de types qui essayent – ou font semblant d’essayer – d’oublier leur infinie solitude, il y a quelque chose d’affreusement amer, de désespérant, d’insupportable : on noie sa tristesse, ses incapacités, ses nullités, ses espérances déçues dans une sorte de folle farandole inutile où personne n’est vraiment dupe, mais où chacun joue sa partie en faisant mine de ne pas s’apercevoir que ça ne sert à rien. (suite…)

Boy meets girl

jeudi, août 12th, 2021

Suffisant.

Diable ! Voilà que je suis le premier et donc le seul, à déposer un avis sur le cinéma de Leos Carax sur notre site ! Un réalisateur qui bénéficie pourtant d’une réelle notoriété médiatique – en tout cas dans le milieu des cinéphiles – et qui, s’il se ramasse des bides publics, n’en continue pas moins à trouver des financements pour ses films et à jouir de la bienveillance des professionnels de la profession (comme a dit jadis Jean-Luc Godard, qui dispose des mêmes prérogatives, indulgences et avantages). Vous aurez beau faire et bien penser, le cinéma d’auteur continuera à bénéficier d’un puissant courant affectif et à récolter les millions de notre bienveillant système de financement. (suite…)

OSS 117 / Rio ne répond plus

mercredi, août 11th, 2021

Se mépriser, voilà la grande affaire !

J’avais bien modérément apprécié OSS 117 : Le Caire, nid d’espions, premier volet de la série qui remet en scène Hubert Bonnisseur de la Bath, espion créé par l’excellent Jean Bruce un peu avant James Bond, qui est – doit-on le rappeler ? – un sujet étasunien et travaille pour une officine (l’OSS) à qui succédera la plus notoire CIA. J’ai le sentiment que le réalisateur, Michel Hazanavicius, ne l’a francisé que pour pouvoir se moquer de nous, avec la parfaite complicité des esprits forts gaulois, qui n’aiment rien tant que l’on se fiche d’eux. Le succès dans les terres du nord de la France de Bienvenue chez les ch’tis qui ridiculisait Flamands, Artésiens et Picards qui jubilaient de se voir présentés en débiles alcooliques et consanguins montre assez cet étrange prurit.

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La forme de l’eau

lundi, août 9th, 2021

Amélie Poulain dans la Guerre froide.

Sans doute un peu trop long (près de deux heures) et animé de la bonne conscience affirmée du Camp du Bien, le film de Guillermo del Toro se laisse suivre sans déplaisir, du moins tant qu’on garde le sourire narquois à la bouche et qu’on ne tombe pas dans tous les pièges de gluant caramel mou qui enlacent les films où les pauvres, malheureux, laissés pour compte de la vie l’emportent, à force de courage et de pureté sur les méchants qui leur font pièce. Vignettes du Camp du Bien, donc. L’héroïne, Élisa Esposito (Sally Hawkins) est muette (donc handicapée – un point) ; sa meilleure amie, Zelda (Octavia Spêncer) est noire (un point) ; son voisin et ami Giles (Richard Jenkins) est à la fois artiste peintre et homosexuel (un point et demi). On s’est bien positionné sur l’échelle rigide de la bien-pensance. (suite…)

Détour mortel : La Fondation

jeudi, août 5th, 2021

Toutes cases cochées.

Bien que le film emprunte tant et plus à la riche grammaire des films d’horreur modernes, Détour mortel : la Fondation dispose d’un scénario assez original et intéressant. En tout cas pour les vieux machins comme moi qui ne possèdent qu’imparfaitement les codes actuels des films d’horreur, où l’inventivité des monstruosités – et les images numériques – permettent d’aller beaucoup plus loin que ce à quoi ils (les vieux machins) étaient habitués. D’ailleurs je me demande jusqu’où on pourra exagérer dans le sang et le gore tant les images d’aujourd’hui peuvent aller loin dans le répulsif et le dégoûtant. (suite…)