Archive for the ‘Chroniques de films’ Category

Royal bonbon

dimanche, juillet 7th, 2019

Ruines et rouilles.

Ce qui fut La perle des Antilles et la colonie la plus riche de toutes nos Amériques est, depuis 1804, un État indépendant. C’est aussi un des trois ou quatre pays les plus pauvres du monde. On peut voir là un rapport, surtout si on adjoint à ce très bref résumé le massacre des 10.000 Européens par le haineux Jean-Jacques Dessalines, successeur du Père de la NationToussaint-Louverture. Depuis lors toute l’histoire de la malheureuse île est exatctement ce qu’on peut faire de plus monstrueux et aberrant dans la gouvernance des peuples et on ne doit pas compter beaucoup de décennies un peu paisibles dans un territoire simultanément béni et maudit de tous les dieux de la création. Un regard objectif sur sa situation actuelle ne laisse d’ailleurs pas espérer que ça va changer. (suite…)

La fiancée de Frankenstein

vendredi, juillet 5th, 2019

N’écoute pas les idoles !

Il n’est pas nécessaire, pour aimer le cinéma, d’être féru de ses origines. On a tout à fait le droit de négliger les 35 années qui séparent son invention (1895) de l’introduction du parlant (1927-28) et de tenir même ces premières années pour quasi archéologiques. De fait, je ne suis pas persuadé que les générations actuelles, a fortiori celles qui vont nous succéder éprouveront le moindre intérêt à regarder des films anciens, porteurs d’idées qui apparaissent aujourd’hui antédiluviennes, techniquement limités et absolument datés. La plupart des arts paraissent ainsi disqualifiés au bout de quelques décennies par d’autres manières de penser la vie et de la décrire que celles qui les avaient suscitées : qu’on le veuille ou non, on ne lit plus, on ne peint plus, on ne chante plus comme au Moyen-Âge ou à la Renaissance ; c’est comme ça. (suite…)

La mort aux trousses

mercredi, juillet 3rd, 2019

Conte de fées pour grandes personnes.

Ceux qui ont la faiblesse de me lire savent que je ne nourris pas pour Alfred Hitchcock beaucoup d’admiration. Dans mes jours polémiques et hargneux je le vois comme une outre gonflée par l’adulation que lui a vouée l’équipe des Cahiers du cinéma et singulièrement François Truffaut qui a sauté sur la réputation d’un honnête faiseur pour le placer au sommet du Panthéon cinématographique. Mais, à part pour Psychose, à qui je reconnais d’immenses qualités et quelques autres bons films (L’ombre d’un douteL’homme qui en savait tropFrenzyComplot de famille), il m’a toujours semblé que le réalisateur était un exclusif féru de techniques et de virtuosités qui privilégiait cet aspect sur l’intérêt du scénario. Ce qui est ennuyeux quand on prétend être un maître du suspense. (suite…)

Snowden

mardi, juillet 2nd, 2019

La surprise du chef.

Les États-Unis sont les spécialistes de ces films qui relatent avec le maximum d’exactitude et de véracité des épisodes de leur maigre histoire.Je me souviens de terriblement ennuyeux Hommes du Président, d’Alan J. Pakula qui retraçaient la malencontreuse affaire du Watergate qui aboutit à la révocation de Richard Nixon, un des hommes d’État les mieux élus de toute la kyrielle américaine. C’est très sérieusement fait, très consciencieux et on se dit que ça ressemble à l’acte d’accusation ânonné par un greffier devant une chambre correctionnelle. En d’autres termes, c’est impeccable et ennuyeux. (suite…)

Le commando des morts-vivants

dimanche, juin 30th, 2019

Au plus profond de la nullité.

Le fameux théorème selon quoi sortiraient en DVD les plus invraisemblables imbécillités alors que demeurent inédits bon nombre de trésors réclamés à cor et à cri par les amateurs a montré encore sa pertinence. Car, voilà que je tombe, dans la collection Mad movies qui, conformément à son intitulé, publie, de fait, absolument n’importe quoi, voilà que je tombe sur Le commando des morts-vivants et que la paresse d’une après-midi caniculaire m’incite à glisser la galette dans mon lecteur. D’autant qu’il est fait état, dans la présentation du film d’un naufrage aux alentours de la Floride, ce qui paraît promettre belles images et jolies filles peu vêtues. (suite…)

Deux hommes et une armoire

samedi, juin 29th, 2019

Boîte à outils.

Dans la série des sept court-métrages des débuts de Roman Polanski édités en un DVD unique, deux ou trois se détachent. Le meilleur, à mes yeux, mais je l’ai dit par ailleurs, c’est vraiment Quand les anges tombent qui est inégal, encore fragmentaire et maladroit, mais très émouvant. Il s’agit de bouts de films tournés dans le cadre de l’école de cinéma de Lodz et dans une perspective universitaire, avec des exercices imposés et un évident manque de moyens. Ainsi n’y a-t-il que des dialogues très sommaires ou pas de dialogues du tout, sans doute pour faire l’économie de la prise de sons. (suite…)

Visages, villages

vendredi, juin 28th, 2019

La vie est belle.

On aurait sûrement agacé Agnès Varda en la rencontrant au gré d’une pérégrination du côté de la rue Daguerre, si on lui avait dit qu’elle était devenue, au soir de sa vie, une sorte d’icône et – ce que les étudiants de mai 68 vilipendaient le plus – une sorte de mandarin, quelqu’un dont l’aura et l’enracinement dans le monde des cultureux parisiens la plaçaient sur une sorte de piédestal. Elle aurait sûrement protesté que toute sa vie n’avait été qu’anticonformisme et rébellion, que son cinéma et ses engagements sociétaux (L’une chante, l’autre pas) et politiques (Loin du Vietnam ou Black panthers) témoignaient de son indépendance d’esprit et de son refus obstiné de tous les conservatismes. Justement ! aurait-on pu lui répondre. Mais on n’est pas sûr qu’elle aurait bien compris. (suite…)

Quand les anges tombent

jeudi, juin 27th, 2019

Histoire sans fin.

Voilà, il me semble, le meilleur des sept court métrages pieusement édités par Carlotta films qui reprennent des études, des devoirs, des projets, des tentatives filmés par Roman Polanski lorsqu’il était étudiant à la prestigieuse école de Lodz, que la Pologne communiste réservait aux meilleurs étudiants après une sélection féroce, leur donnant alors une très solide formation technique et des moyens importants pour découvrir tout le cinéma mondial. À dire vrai, les autres segments du DVD sont de valeur vraiment inégale et je partage plutôt l’avis du réalisateur : Les films qui vous sont ici présentés n’étaient pas destinés à être montrés en dehors de l’école et d’ailleurs je conseille à tous les gens qui ont acheté ce DVD de ne pas le regarder. D’abord parce que ça n’en vaut pas la peine et pour respecter le désir du réalisateur. (suite…)

Mise à sac

mercredi, juin 26th, 2019

Les histoires d’amour finissent mal (en général).

Étrange carrière d’Alain Cavalier ! D’abord deux films à résonances politiques, Le combat dans l’île et L’insoumis, autour des derniers soubresauts de la guerre d’Algérie, et ce Mise à sac, thriller très maîtrisé et haletant, bien qu’il puisse paraître un peu sec. Il y aura ensuite un grand succès d’adaptation, La chamade, d’après Françoise Sagan, puis le réalisateur partira vers d’autres rivages, un cinéma plus personnel encore (Le plein de superUn étrange voyage), un chef-d’œuvre de profondeur qui n’a pas d’équivalent (Thérèse) et un chemin encore plus intimiste, souvent trop hermétique (Libera meLe filmeur). Parcours singulier, très loin des cases.

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Le Gorille a mordu l’Archevêque

lundi, juin 24th, 2019

Il n’y a plus d’après…

Bien que ses aventures littéraires comptent, paraît-il, plus de deux cents titres dus à la plume du singulier Antoine Dominique (pseudonyme de Dominique Ponchardier), Géo Paquet, dit Le Gorille n’a connu que trois incarnations cinématographiques, réparties entre deux acteurs. Avec Bernard Borderie, et au début de sa notoriété, en 1957, Lino Ventura a tourné Le Gorille vous salue bien ; mais il a vite compris que son immense talent ne gagnerait rien à s’enfermer dans la carapace d’un personnage récurrent trop typé. En 1959, avec le même réalisateur, c’est Roger Hanin, dont la carrière ne décollait pas qui obtient sa première tête d’affiche avec La valse du Gorille. Et qui repique au truc trois ans plus tard, cette fois avec le modeste Maurice Labro dans ce film au titre délicieux : Le Gorille a mordu l’Archevêque. (suite…)