Blade runner

mars 3rd, 2015

3991Rien ne vieillit tant que l’avenir.

Blade runner est censé se dérouler en 2019 ; voilà que nous y sommes presque et que cette image sordide du futur qui est donc désormais notre présent, apparaît vieillie, démodée, ringarde… Comme à peu près toute la science-fiction, qui était entre 1950 et 1980 un genre majeur, qu’on croyait porteur de sens et qui semble avoir succombé aujourd’hui, noyée dans les récits d‘heroïc fantasy et les histoires de vampires, c’est-à-dire dans le retour au bon vieux conte de fée. Read the rest of this entry »

Belle de jour

février 26th, 2015

38958Le fantasme au féminin.

Luis Bunuel, issu d’une famille bourgeoise guindée de l’austère Espagne du dernier siècle, a eu beau se révolter et ruer dans tous les brancards : il porte en lui les névroses obsessionnelles qui identifient le plaisir physique à une épreuve douloureuse et compliquée. Je suppose qu’on pourrait trouver dans la totalité de ses films ces angoisses hallucinées, mais il y en a certains où cette fascination/répulsion du sexe est au premier plan : Susana la perverse, El (Tourments), La vie criminelle d’Archibald de La Cruz, Viridiana dans la période mexicaine, mais aussi Le journal d’une femme de chambre, Tristana, Cet obscur objet du désir plus tard, et, naturellement, Belle de jour qui demeure un de ses films les plus célèbres.

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Macbeth

février 25th, 2015

451L’exercice du Pouvoir

Lorsqu’un des plus grands textes du monde occidental est ainsi filmé, avant même d’être capté par le discours sur le pouvoir et les égarements qu’il entraîne, on est forcément interrogé par le passage de la scène à l’écran et tout ce que le cinéma a pu apporter à la tragédie. Car, c’est entendu, le questionnement inquiet de William Shakespeare sur la tentation de réaliser un destin dans le sang, le massacre et l’horreur figure parmi les bases de notre culture. À un moment donné, le crime ne peut plus reculer sauf à rendre inutiles tous les crimes commis jusqu’alors. Et c’est la même chose pour la torture, qui trouve sa seule justification dans le succès donné par l’aveu. On sait depuis 1606 que la vie est une histoire pleine de bruit et de fureur, racontée par un idiot, et qui ne signifie rien. Read the rest of this entry »

American sniper

février 23rd, 2015

american_sniper_affiche_01Monsieur Boum-Boum

Quand on a saisi que Clint Eastwood réalise la biographie filmée d’un authentique tireur d’élite qui a dégommé je ne sais plus combien de terroristes en Irak et qui a été assassiné, aux États-Unis, en février 2013 (c’est-à-dire il y a fort peu de temps) par un ancien Marine tourneboulé et dépressif, on comprend pourquoi le réalisateur ne fait grâce au spectateur d’aucune séquence

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Thérèse

février 20th, 2015

film-therese1Pesanteur de la Grâce.

Bien sûr que les miracles existent. Comment expliquer autrement que Thérèse ait reçu le Prix du Jury, à Cannes et – surtout ! – six Césars, habituellement peu voués à ce type de thèmes ? Que ce film grave, mais jamais sévère soit parvenu à faire passer avec une qualité rare le questionnement sur ce qu’est la clôture, l’enfermement librement choisi et même passionnément souhaité par des milliers d’hommes et de femmes ? Read the rest of this entry »

Parlez-moi de vous

février 19th, 2015

r9B0InUU1mUn petit quelque chose.

Claire Martin (Karin Viard), sous le pseudonyme de Mélina, anime une émission de radio nocturne où elle panse les plaies du cœur et de la zigounette. Partie de rien, elle vit désormais dans le monde enchanté des beaux quartiers et des belles consciences. Elle a des tas de phobies, elle mange avec des baguettes dans des restaurants japonais ; elle n’a pas de mari, d’enfant, ni d’amant mais un tout petit chien remplace tout ce fourbi inutile. Abandonnée toute petite par sa mère, elle la recherche, la trouve, la perd à nouveau. Read the rest of this entry »

Il était une fois en Amérique

février 18th, 2015

il-etait-une-fois-en-ameriqueGod bless America !

C’est tout de même, en un certain sens, se lancer un drôle de défi que d’entreprendre de découvrir sur le petit écran un film de près de quatre heures qu’on avait négligé lorsqu’il est sorti au cinéma. Le confort du canapé, les sollicitations extérieures, les pauses techniques dues au grand âge, le téléphone qui dérange, l’heure qui se fait tardive, tout cela ne prédispose pas à l’attention qu’on doit donner à une fresque de cette dimension. Et ceci par surcroît lorsque le film possède une structure complexe qui vous promène sur quarante années savamment entrelacées avec ellipses et retours en arrière. Read the rest of this entry »

La comtesse aux pieds nus

février 16th, 2015

La grande beauté.

Si on ne cherchait dans le cinéma que l’intérêt d’un scénario et l’intelligence d’une histoire, il est fort à parier que La comtesse aux pieds nus n’aurait pas laissé grande trace dans la mémoire des amateurs. Hollywood a produit à foison des mélodrames flamboyants aussi chargés de poncifs (infirmités cachées, révélations morbides, désespoirs accablants) qu’un cargo chinois de conteneurs pleins à craquer de bimbeloterie. Read the rest of this entry »

Le grand pardon

février 15th, 2015

1220_w_350La vie, c’est la kémia de l’auberge espagnole…

Roger Hanin mort, comment la télévision aurait-elle pu ne pas présenter Le grand pardon ? Si je trouve qu’un meilleur hommage aurait pu être rendu à l’acteur avec Le coup de sirocco, plus sensible et plus intelligent, la mise en scène des gangsters de Constantine, leur jactance, leur outrance, leur violence est pourtant toujours aussi efficace… Read the rest of this entry »

Le malade imaginaire

février 13th, 2015

41aXVLx1mbL._SY300_Théâtrissime !

Je n’imagine pas qu’on puisse ne pas apprécier le jeu de Michel Bouquet, qui va gaillardement sur les 90 ans qu’il atteindra (on l’espère) en novembre prochain. Mais, comme Louis Jouvet, c’est un homme de théâtre, acceptant, pour vivre ou pour produire (ou pour je ne sais quoi) des rôles dans des films qu’il peut marquer ineffaçablement, mais ne se sentant vraiment chez lui que sur les planches. Vieux débat et vieille incertitude ; au moins, comme Jouvet mais au contraire de Luchini (dont on attend toujours qu’il tourne un grand film !) aura-t-il laissé sa trace sur l’écran (par exemple dans La femme infidèle, qui est peut-être le meilleur des Chabrol, en 1968 ou dans Le promeneur du Champ de Mars de Robert Guédiguian où il campe, en 2004, un étonnant Président Mitterrand). Read the rest of this entry »