Comment j’ai détesté les maths

juin 12th, 2019

Le monde est une aventure.

Autant ne rien dissimuler et dire d’emblée les choses. Malgré les efforts désespérés de mes parents et une quantité invraisemblable de cours particuliers subis, ma relation avec les Mathématiques a été un long et un douloureux chemin de croix. Douloureux tant que j’ai fièrement essayé de monter dans le train en marche, résigné lorsque j’ai compris que je n’y parviendrais pas. Et surtout, surtout, merveilleusement soulagé lorsque mon Second Bac en poche (il y en avait deux, alors) en juillet 1965, j’ai pris conscience que jamais, jamais plus de ma vie je n’aurais à me pencher sur des questions qui me semblaient aussi incompréhensibles que rébarbatives et souvent grotesques. 0,5 en maths à l’issue de ma classe de Philosophie ne m’avait pas empêché de réussir l’examen, mais avait fait passer le vent du boulet sur ma nuque, le 0 absolu étant note éliminatoire.

Read the rest of this entry »

Au revoir là-haut

juin 8th, 2019

Quand passent les faisans.

Il paraît que le livre du même nom dont est adapté le film n’est pas sans qualités. Ne l’ayant pas lu et n’ayant aucune intention de le lire, je veux bien croire ceux qui lui ont trouvé du suc. Comme il est, paraît-il, retranscrit avec une grande fidélité par Albert Dupontel, il n’est pas impossible de penser que ce qui fonctionnait avec maîtrise et talent dans les pages du bouquin perd, retranscrit sur l’écran, vraisemblance et pertinence et rejoint les funambulesques arabesques du peu regretté (je parle pour moi) Sébastien Japrisot. Read the rest of this entry »

3h10 pour Yuma

juin 7th, 2019

Contes de la lune vague avant la pluie.

Pour un western et malgré les limites du genre, sommaire et brutal, ce n’est pas mal du tout, sans doute d’abord parce qu’on y retrouve ce qu’on peut y apprécier : l’espace. Et de ce point de vue, on en a son content : Delmer Daves a la capacité de montrer au spectateur de grands panoramas, d’élargir sa vision, de le faire pénétrer dans d’immenses paysages exotiques souvent très beaux, de l’emmener dans un ailleurs exotique, qui était, aux yeux des Européens civilisés qui découvraient et absorbaient, au mitan des années 50, toute une kyrielle de récits presque primitifs et en tout cas sauvages, une occasion de s’évader de leur quotidien. Read the rest of this entry »

I comme Icare

juin 4th, 2019

Ne vous retournez pas !

Si le scénario fantasmatique n’était pas perclus de toutes les terreurs complotistes qui, d’ailleurs, et grâce à Internet et aux réseaux sociaux fleurissent encore davantage aujourd’hui que naguère, I comme Icare serait un très bon film, sortant de la main d’un artisan soigneux et souvent bien inspiré. Mais Henri Verneuil devait en effet être persuadé qu‘une main cachée commande, puisque, trois ans plus tard il tournera Mille milliards de dollars qui est à peu près du même esprit. Vision excitante et démesurée de la marche du monde, tentative d’explication des aléas et drames de l’actualité par la présence d’une vaste conspiration, tout cela ne date évidemment pas d’hier, mais fait toujours recette et satisfait bien des questionnements.

Read the rest of this entry »

Une java

mai 31st, 2019

Ensorcelle modérément 

Resterait-il encore quoi que ce soit de ce film si la grande Fréhel n’y goualait,  avec l’extraordinaire présence qu’on lui connaît, La java bleue de Vincent Scotto ? Fréhel, dont la vie est en soi seule un mélodrame, Fréhel qui fut une ravissante gaupette, qui se noya dans la drogue et l’alcool, rebondit, éblouit ses auditoires mais finit par mourir seule dans un hôtel de passe en 1951. Fréhel qui passait si bien au cinéma, qui marque de sa présence une des plus fortes séquences de Pépé le Moko, lorsque, alourdie, déformée, tragique et profondément émouvante, elle chante Où sont-ils donc ? dans les méandres de la casbah d’Alger… Read the rest of this entry »

À la merveille

mai 30th, 2019

Vacuité et prétention.

Fasciné par ces presque deux heures de vacuité, j’ai poussé l’ascèse et la conscience professionnelle (si je puis dire) jusqu’à regarder les suppléments du DVD, heureusement acquis pour une somme des plus minimes (mais j’aurais dû donner à un clochard les 5 € que ça m’a coûté ; ça m’apprendra : la prochaine fois que j’aurai envie d’acheter un film péteux, je me retiendrai). Car s’il existe un palmarès des films où il ne se passe rigoureusement rien et où on s’enquiquine de la première à la dernière image, en se demandant ce qu’on fait là, au lieu de revoir un des joyaux passés du cinéma, un des films de Duvivier, de Clouzot, de Kubrick, de Lynch, voilà qu’À la merveille pourrait assurément concourir pour le trophée, qu’il serait absolument certain de remporter haut la main, si on couplait la compétition avec celle du film le plus prétentieux du cinéma mondial.

Read the rest of this entry »

Mission : impossible 2

mai 23rd, 2019

Je te tiens, tu me tiens par la barbichette…

Une fois qu’on a compris, dès les premières séquences du film, que toute la smala mise en scène maîtrise comme personne la faculté de dissimuler son apparence sous un masque en latex et de se faire passer ainsi, à l’envi et à loisir, pour un autre personnage que celui que l’on est, on sait que le film sera long et ennuyeux. Long, assurément, il l’est : un peu plus de deux heures ; quand on pense que les petits bijoux de la série originelle télévisée, de Bruce Geller n’avaient que le format élémentaire et réglementaire de 48 minutes, denses, nerveuses, complexes mais toujours claires et qu’on arrive désormais à de si lourds pathos ! On voit combien la marchandisation du spectacle a abêti le monde du spectacle.

Read the rest of this entry »

Iwo Jima

mai 18th, 2019

Citrons pressés.

Rien n’est moins facile à décrire que le cheminement d’une bataille, vous diront sans ambages tous les Fabrice del Dongo du monde. Et j’ajouterai volontiers que rien n’est plus ennuyeux. C’est pourquoi tous les cinéastes qui ont braqué leurs caméras sur les cérémonies sanglantes de la guerre ont pris le parti de focaliser leur vision sur un petit groupe (ou des petits groupes) de combattants conduits par une forte personnalité. Grâce à cet artifice, le spectateur s’accroche, qui aurait tendance à bâiller si on lui présentait savamment le cheminement des troupes, les attaques et contre-attaques, les finesses tactiques, qui sont affaires de spécialistes.

Read the rest of this entry »

Paris, je t’aime

mai 17th, 2019

Traversée de Paris.

Voilà un film de compilation, d’une inutilité flagrante, superficiel et funambulesque, sans doute réalisé pour pouvoir dépenser du fric qui dormait et qu’il fallait à toute force faire circuler : une sorte d’exercice de style où une vingtaine de réalisateurs à notoriété inégale et à talent incertain sont priés de composer une sorte de patchwork sur les 20 arrondissements de la plus belle ville du monde. D’ailleurs, à ce point de vue là, un aspect positif : personne ne songerait à tisser une telle tapisserie sur d’autres métropoles, à part, peut-être, sur Rome (à qui, d’ailleurs, nous sommes liés par un traité de jumelage exclusif). Mais les autres capitales peuvent aller se rhabiller. Il y a nous, puis rien puis rien puis Rome et très loin derrière la troupe des New-York, Londres, Berlin et tout le tremblement. Read the rest of this entry »

Dédé

mai 16th, 2019

Années folles, folles années…

Je sais bien que ce Dédé de René Guissart est l’adaptation cinématographique de l’opérette célèbre d’Albert Willemetz et d’Henri Christiné qui remporta un immense succès en 1921 et que le film date de 1935. Dans ces quatorze années, qui peuvent paraître bien proches, il y a tout de même un changement de monde. Et c’est pourquoi je titre cet avis Années folles, folles années. Après l’euphorie émerveillée de la victoire, de l’immense soulagement de voir terminée la boucherie et de la croyance que c’était la dernière, de l‘Après-guerre en quelque sorte, on est passé aux temps de la crise financière et de la montée des périls, à l‘Avant-guerre. Et pourtant toujours cette même insouciance, cette même inconscience qui faisait qu’à la veille du conflit, en 1938, 1939, on chantait Amusez-vous, foutez-vous de tout (Albert Préjean) ou Tout va très bien, madame la marquise (l’orchestre de Ray Ventura). À dire vrai, on est toujours sidéré lorsque, après coup, on voit la maisonnée danser sur un volcan. Read the rest of this entry »