Le tracassin ou les plaisirs de la ville

avril 3rd, 2019

In illo tempore…

Je ne placerai pas le film au dessus de la moyenne, même si j’ai passé un assez bon moment à le regarder. . Si l’on n’est pas trop regardant sur le scénario, si l’on admet et apprécie le genre classique et un peu lourdingue de l’accumulation des catastrophes qui se succèdent, se répondent, s’entrechoquent, se multiplient et finissent par rendre la situation du héros à peu près insoluble, on s’amusera devant ce gentil petit objet cinématographique à usage des salles de deuxième rang qui existaient encore dans le paysage tranquille de la France de 1961. Quelque chose de bien reposant qui a dû remporter un bon succès public et n’être pas même cité dans les colonnes de Positif et des Cahiers du cinéma.

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Victoria

avril 1st, 2019

Si j’avais compris quelque chose…

Oui, si j’avais compris quelque chose, j’aurais certainement haussé Victoria au meilleur rang des agréables comédies contemporaines où les problèmes insolubles entraînés par la dissociation des couples, les stress professionnels, les incertitudes des amitiés sont mis au devant de la scène. Partis comme nous sommes, nous n’aurons d’ailleurs bientôt plus le choix qu’entre les films de cet ordre, représentant les urbains premiers de cordée macroniens et ceux qui décrivent la réalité de la France périphérique, les travailleurs pauvres lepénistes. Après tout pourquoi pas ? On ne peut demander à tous les cinéastes d’avoir du génie et de transcender les catégorisations sociales et politiques de leur époque. Donc limitons nous à notre bel (?) aujourd’hui. Read the rest of this entry »

Festen

mars 31st, 2019

Tout sur mon père.

Je ne suis pas persuadé que l’esprit de système soit une bonne chose et qu’il faille à un écrivain ou à un artiste s’enrégimenter sous une bannière pour offrir au monde son talent. Naturalisme, surréalisme, Nouveau roman ne mènent pas toujours bien loin, sauf pour ceux qui parviennent à s’en échapper. Et, au cinéma, la Nouvelle vague n’a vraiment eu de corps – et d’intérêt pour ses membres – qu’en s’instituant groupe de pression, lobby de cinéastes qui cherchaient surtout à avoir la peau des cinéastes qui étaient en place, ceux de la Qualité française. Ils arboraient ab initio une volonté de révolutionner la mise en scène pour imposer spontanéité, authenticité, décors naturels, son direct, insertion dans la réalité vécue… Mais dès qu’ils ont eu atteint quelque notoriété, les plus roublards d’entre eux – François TruffautClaude Chabrol –se sont émancipés et ont construit une œuvre qui ne devait plus grand chose aux dogmes qu’ils avaient prétendument embrassés. Read the rest of this entry »

Seven

mars 28th, 2019

Am stram gram, pic et pic et colegram.

Rien n’effraie davantage l’imaginaire que le tueur en série parce que si, pour les faire tenir sages, on peut raconter aux petits enfants des histoires de loups-garous, on sait bien qu’existent au delà des fariboles, la réalité des crimes à haute échelle. Songeons à Gilles de Rais, ancien compagnon de Jeanne d’Arc, à la comtesse sanglante Erszebeth Bathory, à Jack l’éventreur, qu’on vient enfin d’identifier formellement. Et à la multitude de récits proposés à l’écran, depuis M le maudit de Fritz Lang. On peinerait sans doute à dresser une typologie de cette forme industrielle cinématographique d’assassinats. Read the rest of this entry »

Barbecue

mars 27th, 2019

Mal grillé et sans piment.

Un acteur qui peut être remarquable dans un rôle exigeant – Lambert Wilson – Des hommes et des dieux – une humoriste qui peut être très amusante sur scène – Florence Foresti -. Autour d’eux un rassemblement de comédiens dont certains – Sophie DuezGuillaume de TonquédecLionel Abelanski – ne sont pas médiocres, malgré la présence pustulesque du gugusse Franck Dubosc. Et, au final une pitrerie formatée pour les assoupissants dimanches soir de TF1. Read the rest of this entry »

Les invités de mon père

mars 25th, 2019

Nouillerie bien pensante.

Oh là là, que c’est mauvais, convenu, trafiqué, faussement hardi, faussement paradoxal, faussement incisif, plein de niaise bonne conscience et, en même temps se voulant acide et pénétrant ! Read the rest of this entry »

Un revenant

mars 25th, 2019

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Ciel de suie lyonnaise.

Je ne sais pas si on peut être vraiment sensible à la pesanteur vénéneuse de ce film si l’on ne connaît pas Lyon, ses brouillards d’étoupe, ses pavés luisants de pluie, ses grands appartements austères du quartier d’Ainay, ses familles à secrets, cette discrétion dans la hauteur et dans la morgue qui, quelquefois ne manque pas d’allure mais qui peut être d’une extrême cruauté. L’atmosphère d’Un revenant est aussi étouffante que celle du Thérèse Raquin de Marcel Carné, qui se passe aussi à Lyon. Et ceci bien qu’il se passe dans la bourgeoisie cossue, et non chez les petits boutiquiers avides, atterrants de mesquinerie. Mais les grands bourgeois d’Ainay sont au moins aussi crapoteux que les petits bourgeois de Monplaisir… Read the rest of this entry »

Les Tuche 2 – Le rêve américain

mars 22nd, 2019

Comment suis-je tombé si bas ?

J’avais déjà trouvé répugnant le premier tome de cette saga d’une roublarde démagogie qui fait honte à la fois à ses concepteurs – producteur, réalisateur, acteurs – mais aussi au public qui lui a fait un triomphe. C’est accablant, et d’autant plus que ça a de plus en plus de succès : 1,5 million de spectateurs pour le premier, 4,6 pour le deuxième… et près de 6 millions pour le troisième, de surcroît couronné d’un César du public et encensé par les critiques du Monde et du Figaro. Quand je pense qu’il y a 40 ans nous regardions d’un air supérieur et méprisant Mon curé chez les Thaïlandaises ou Les Charlots font l’Espagne ! C’était minable, mais moins dégradant que les histoires de la famille Tuche. Read the rest of this entry »

Le péril jeune

mars 21st, 2019

C’était un temps déraisonnable.

Ma foi ! C’est en redécouvrant Le péril jeune que je me suis rendu compte non pas que je vieillissais (ceci mes rhumatismes et autres maux me le rappellent avec une assez constante cruauté), mais que ce qui me semblait le plus immuable avait changé bien avant que j’en prenne conscience. Né en 1947, j’ai passé mon adolescence dans des établissements où très peu de choses avaient été modifiées depuis des lustres, un monde qui n’était pas bien différent de celui qu’avait vécu mon père un peu après la Grande guerre et sûrement mon grand-père, au siècle précédent. Absence de toute mixité, ordre, discipline, rigueur, respect de l’autorité, qui n’excluait évidemment pas de secouer le licol dans le chahut ou la fugue. Cette école-là, c’est celle si justement mise en scène par Pascal Thomas dans Les zozos : il faut laisser la politique aux grandes personnes tranche le Surveillant général lorsque deux garçons commencent à se mettre des peignées à propos de l’Algérie alors encore française… Read the rest of this entry »

Le chômeur de Clochemerle

mars 20th, 2019

Le silence éternel de ces espaces infinis m’effraie.

Placer sous l’invocation de Blaise Pascal un film de l’ordre du Chômeur de Clochemerle peut paraître assez singulier et même tout à fait démesuré. Mais s’il est vrai que ce qui est en haut est comme ce qui est en bas, selon la formule hermétique d’Hermès Trismégiste et que – revenons à Pascal – les deux abîmes de l’infini et du néant se répondent en parallèle, le titre que je donne à ce message n’est pas du tout illégitime. Car la vacuité au cinéma a quelque chose de fascinant. C’est certes moins admirable que les trop rares chefs-d’œuvre et beaucoup plus fréquent, mais c’est tout autant sidérant. Read the rest of this entry »