Rec 2

décembre 2nd, 2018

Je te tiens, tu me tiens, par la barbichette…

Après le succès remporté par Rec, les deux réalisateurs espagnols Jaume Balaguero et Paco Plaza auraient été bien mal inspirés de ne pas exploiter le filon et de ne pas poursuivre l’exploration du mystérieux immeuble de Barcelone où, ans le premier opus les habituels résidents et les pauvres braves policiers et pompiers, flanqués de l’insupportable Angela Vidal (Manuela Velasco) et de son factotum cameraman avaient été zigouillés par une terrible hystérie mystérieuse de type zombifiant qui les amenait à se contaminer et se dévorer à la moindre morsurette subie. Sans être féru des longues séries de films qui exploitent des thèmes dégradants (la série des Taxi, par exemple ou des Fast and furious) ou excitants (les Alien bien sûr et même les Hellraiser – quoique…- ), je puis tout à fait concevoir qu’on ait envie de développer un sujet original. Le tout est de le bien faire, sans se moquer du spectateur.

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Rec

décembre 1st, 2018

Les animaux malades de la peste

Voilà un film, déjà vu, mais agréablement revu, qui a surfé sur plusieurs vagues intéressantes et qui, lorsqu’il est sorti, offrait d’intéressantes perspectives. La manie du reportage en direct, l’utilisation de la caméra portée, qui en est corollaire, la mise en avant des héros anonymes, qui obtiennent ainsi le fameux quart d’heure de célébrité, annoncé par le pimpant Andy Warhol. Le boy next door ou la voisine d’en face, la recherche d’un prétendu regard authentique qui fait que, chaque soir ou presque, sur l’une ou l’autre chaîne de télévision, il y a un sujet sur La police municipale de Châteauroux se mobilise contre les incivilités ou Les pompiers de Montauban gardent toute leur vigilanceRec utilise à merveille tout cela et s’appuie aussi sur la nuit, ses avenues vides, son étrange atmosphère. Read the rest of this entry »

Panic room

novembre 29th, 2018

Des chats et des souris.

Si je devais un jour, muni par le Bon Dieu d’une mission en ce sens, donner un conseil aux cinéastes de tous les pays, je me permettrais de leur en glisser deux, pour le même prix. Le premier serait : Hors rares exceptions, coupez toujours le dernier quart d’heure de vos films, quelle qu’en soit la durée. Et le second, bien plus impératif et contraignant, serait : Ne vous contentez pas d’une situation de départ originale et bien fichue : vous y tournerez vite en rond, vous devrez étirer votre rythme, inclure dans votre propos des éléments parasites et vous décevrez le spectateur avec la fin de votre film ! (Ce qui, au demeurant, rejoint tout à fait l’esprit de mon premier précepte et en confirme la pertinence). Read the rest of this entry »

Le veuf

novembre 24th, 2018

Douceurs de l’hyménée.

Le veuf, c’est une farce, une véritable farce, avec des excès, des outrances, des trucs et des truquages, mais c’est une farce si méchante, si cruelle, tellement cynique qu’on voit bien poindre déjà ce qui, dans les années suivantes, seront les chefs-d’œuvre de ce genre original, novateur de la comédie à l’italienne’. C’est caustique, vif, enlevé, rythmé. Surtout, à bien y réfléchir, il n’y a pas dans le film un seul personnage vraiment positif : tous sont avides, méprisables, minables, d’un égoïsme entier, suffisants, sans scrupules. Il y en a de pires que d’autres, plus arrogants, plus orgueilleux, plus insupportables, mais aucun ne vaut grand chose. Read the rest of this entry »

Floride

novembre 19th, 2018

Oh, les beaux jours !

Peut-être parce que la question va de plus en plus me concerner et que je ne crains rien davantage que d’être rattrapé au tournant par l’inquiétant Docteur Alzheimer, j’ai pris un certain intérêt à Floride, dont je ne me souviens pas d’avoir entendu parler. Soit dit en passant, cet oubli n’est pas très bon signe pour le sujet qui me préoccupe, n’est-ce pas ? En tout cas toute la relation presque clinique de cette affligeante plongée dans la nuit m’a parue très bien venue et conforme à ce que je sais de la maladie : trous béants dans la mémoire immédiate, confusions multiples, irritabilité sans vraie cause, appréciation absolument injuste des efforts que vos proches font pour vous, refus obstiné d’admettre que les facultés mentales sont en pleine déroute et qu’il n’y aura pas de contre-attaque.

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Merci pour le chocolat

novembre 16th, 2018

Méfiez-vous des eaux dormantes.

Peut-être parce que j’ai moi-même vécu de belles années de ma vie à Annecy, je me méfie assez de l’atmosphère des lacs, en apparence si paisible, si sereine, si harmonieuse, si bien élevée mais qui, comme leurs flots peut être secouée par des tempêtes assassines. Et cela, même si les traces de leurs fureurs disparaissent presque instantanément pour leur permettre de recouvrer leur élégance. Jeu de massacre, d’Alain JessuaLe parfum d’Yvonne de Patrice Leconte sont, ainsi des films de malaise. Et que dire du glaçant Funny games de Michael Haneke ? Au fait, quand ces lacs sont situés dans l’opulente tranquille Suisse, où rien de grave, jamais, ne semble pouvoir survenir, ce sentiment un peu ambigu s’accentue encore. Read the rest of this entry »

Police python 357

novembre 14th, 2018

Petits meurtres entre amis.

1976, c’était l’époque où Yves Montand était au sommet de sa notoriété et de ses succès cinématographiques. Entre Z de Costa Gavras en 1969 et Garçon ! de Claude Sautet en 1983, il n’y a pas un grand réalisateur français (Philippe de BrocaJean-Pierre MelvilleJean-Paul RappeneauHenri Verneuil et même Jean-Luc Godard) qui n’ait fait appel à lui. 1976, c’était aussi la dernière fois que l’acteur et sa femme, Simone Signoret tournaient ensemble (et à vrai dire, ils l’ont assez peu fait depuis Les sorcières de Salem de Raymond Rouleau en 1957). Le metteur en scène, Alain Corneau tournait là son deuxième film et ce début était plutôt réussi, quoiqu’il soit tissé d’invraisemblances. Read the rest of this entry »

Reservoir dogs

novembre 9th, 2018

La vermine est dans la cale.

Je suivrais assez sur ce coup le point de vue de Bertrand Tavernier dans 50 ans de cinéma américain qui, en admirant profondément la maîtrise et la vivacité du film précise toutefois qu’on sort avec un léger malaise, l’impression d’avoir été bluffé par un brillant joueur de poker. Et de fait, le premier film de Quentin Tarantino s’apparente avant tout à un brillant, très brillant exercice de style où un brillant, très brillant jeune réalisateur présente à un jury charmé tout ce qu’il sait et peut faire : audaces de construction, de ruptures rythmiques, d’images violentes, de séquences difficilement soutenables au service d’une conclusion totalement macabre. On applaudit et on dit bien fort Bravo l’artiste !. Read the rest of this entry »

Silvio et les autres

novembre 7th, 2018

Des bleus à l’âme.

À mes yeux un film aussi vilipendé par toute la presse bien-pensante, de Télérama au Nouvel Observateur en passant par les Cahiers du cinéma (et sans doute Les Inrockuptibles, mais je ne suis pas allé voir) ne pouvait que me séduire. Car si Silvio et les autres était le récit des pérégrinations d’un prostitué transsexuel guatémaltèque ou de la lutte d’un orphelin tchétchène pour retrouver sa dignité, il en serait tout autrement. Mais ce n’est évidemment pas le cas. Au fait, ce que la doxa reproche à Paolo Sorrentino, d’ailleurs est précisément ce qui me plaît en lui : le diagnostic du vide de notre civilisation occidentale, le regard froid sur son effondrement vraisemblable, le désenchantement de tout le monde, la beauté immuable des choses qui s’engloutit peu à peu. Mais je crois aussi que les jappements mauvais de cette presse vient de que le réalisateur ne prononce pas une condamnation sans nuances de la personnalité qu’il filme, ce Silvio Berlusconi qui a ensorcelé longuement l’Italie et la fascine encore, par un mélange de vulgarité, de roublardise, de générosité un peu folle, de crapulerie à peu près assumée et par un goût de la ragazza qui terrifie et scandalise les pays du Nord, confits d’hypocrisie et de puritanisme. Read the rest of this entry »

Une nuit en enfer

novembre 4th, 2018

Œuvres poétiques complètes.

Il est tout à fait absurde et ridicule de réaliser un film aussi hétéroclite où la première partie, très classique mais très efficace est aussi contredite par la seconde, échevelée, délirante, farfelue et qui dépasse assez nettement les limites du grotesque. Et puisqu’il s’agit d’un scénario de Quentin Tarantino, voilà qui n’éclaire pas trop mon regard sur la filmographie de celui que certains tiennent pour un cinéaste majeur : un grain de folie, ça va encore, un boisseau, ça déconcerte complétement. J’ai patiemment regardé les trois derniers quarts d’heure en bâillant et en consultant ma montre parce que l’accumulation des effets spéciaux, des transformations physiques, des hurlements de damnés, des chairs arrachées, du sang et des fluides divers qui jaillissent avec une jactance vigoureuse, des sauvetages miraculeux, des morts inattendues et de tout le tremblement ne peut divertir que des adolescents décérébrés. Read the rest of this entry »