Showgirls

janvier 24th, 2018

Mets deux tunes dans l’bastringue.

Je ne peux pas dire avoir vu la totalité de la notable filmographie de Paul Verhoeven, loin de là, mais je ne crois pas qu’on puisse rester tout à fait indifférent à un cinéaste grand ennemi du politiquement correct, qui distille toujours une goutte d’étrangeté acide dans ce qu’il réalise. Et ceci quel que soit le genre cinématographique de ce qu’il filme et qui est assez varié pour mettre la puce à l’oreille de qui ne le connaîtrait pas (il est vrai qu’à mes yeux la variété des histoires filmées, quand elle va avec la permanence du regard d’auteur porté sur elles est souvent un gage de talent ou davantage : voir l’œuvre de Stanley Kubrick, si besoin est). Et Verhoeven parcourt une large palette : érotisme sulfureux de Turkish délices, fresque historique de La chair et le sang, science-fiction (RobocopStarship troopers), fantastique (Hollow man), thriller vénéneux (Basic instinct), récit de guerre (Black book), exploration psychologique (Elle)… Read the rest of this entry »

Plus dure sera la chute

janvier 23rd, 2018

Juste un coup à prendre !

Dans le riche sous-genre des films qui mettent en scène la boxe professionnelle, sous-genre qui compte, d’ailleurs, quelques réussites artistiques incontestables (Gentleman JimNous avons gagné ce soirLe baiser du tueur, les premiers RockyRaging bull et même, d’une certaine façon Million dollar baby), voilà que Plus dure sera la chute survient comme la dénonciation la plus vive, la plus convaincante, la plus violente de cette activité barbare, dont les amateurs vous racontent qu’elle est l’escrime des poings mais qui est en réalité l’hypocrite descendance des pires combats de gladiateurs de l’Antiquité. Si la vision des boxeurs en action est toujours pathétique, celle des yeux exorbités et des cris orgasmiques des spectateurs est un des aperçus les plus glaçants qui se puissent sur la nature humaine. Read the rest of this entry »

La femme du boulanger

janvier 19th, 2018

La vie quotidienne, tragique et ridicule.

D’un bref récit extrait de Jean le bleu sorte d’autobiographie romancée de la jeunesse, de Jean Giono, voilà que Marcel Pagnol fait un film saisissant, admirable quoiqu’imparfait. Un film un peu long, une intrigue assez mince, la prédominance qu’on peut juger excessive du rôle d’Amiable Castanier, boulanger cocu (Raimu) sur tous les autres, parallèlement l’effacement presque complet d’Aurélie, femme adultère (Ginette Leclerc), l’aspect encore un peu théâtral du village où il suffit d’un rien pour que, comme entre cour et jardin, tous les habitants, petits et grands, se concentrent et se réunissent comme s’ils avaient rien d’autre à faire que de guetter l’événement. Et si l’on veut aussi l’aspect presque magique et un peu larmoyant du retour à la maison de la femme infidèle qui paraît bien convaincue qu’elle ne recommencera pas ses escapades alors que tout indique qu’il est dans sa nature même d’aller voir la feuille à l’envers avec le premier venu qui passera dans un mois, dans un an. Read the rest of this entry »

Solal

janvier 18th, 2018

Prolégomènes

Albert Cohen publie Solal en 1930. C’est son premier roman, immédiatement remarqué et salué par la Critique. Et pourtant ce n’est encore, à mes yeux, qu’une esquisse, qu’une ébauche de ce qui va venir plus tard avec Mangeclous (1938) et naturellement Belle du Seigneur (1968) et Les Valeureux (1969).

Esquisse et ébauche ne sont d’ailleurs pas les mots justes : c’est plutôt préfiguration qu’il faudrait écrire. Et dans le domaine littéraire , je ne vois guère qu’un seul exemple à rapprocher de Solal et de ses développements, et encore n’est-ce pas tout à fait similaire.

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Une femme en blanc se révolte

janvier 16th, 2018

 

Le diable qui veut se faire ermite.

On demeure rêveur, tout de même : qu’est-ce qui a pu conduire Claude Autant-Lara, un des cinéastes français les plus talentueux, mais sûrement aussi le plus destructeur, le plus méchant, le réalisateur grinçant, féroce de Douce, de L’auberge rouge, de La traversée de Paris à filmer une pouillerie pareille ?? C’est tout dire, on croirait voir un de ces affreux films d’André Cayatte, un de ces films à thèse tout dégoûtants de crème indignée à la Stéphane Hessel, où une voix supérieure tonne du haut de sa chaire pour faire passer des idées censées réunir par leur noblesse affectée tous les spectateurs, y compris (et surtout) ceux dont le cœur est le plus endurci. Et, par dessus le marché de faire progresser la Société vers l’avenir radieux où elle éliminera vertueusement les pires entraves d’un passé forcément abominable…

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Ma vie avec Liberace

janvier 14th, 2018

Des mauvais goûts et des couleurs.

Étrange film de Steven Soderbergh (en fait c’est un téléfilm tourné pour la chaîne HBO), étrange film sur un personnage bien plus étrange encore : Wladzu Valentino Liberace, né en 1919 d’un père napolitain et d’une mère polonaise pauvres et mort du sida en 1987, multimillionnaire. Il est certain que, sauf à être particulièrement passionné par le show-biz nord-américain on n’aurait jamais entendu parler de ce pianiste fantaisiste virtuose avant la sélection au festival de Cannes de 2013 de Ma vie avec Liberace. Read the rest of this entry »

Le spectre du chat

janvier 11th, 2018

L’oeil était dans la tombe.

Je n’irai pas jusqu’à dire que ce film de série de la célèbre Hammer (qui, pour des raisons juridiques conjoncturelles n’est pas créditée au générique, comme expliqué dans un supplément du Dvd), je n’irai pas jusqu’à dire que ce bon spectacle de cinéma de quartier hantera mes nuits d’angoisse. Non, tout de même : c’est un peu fauché, l’intrigue est terriblement téléphonée et, sauf à être totalement ignorant de la grammaire élémentaire du film fantastique, les péripéties sont absolument prévisibles. Malgré une dernière image un tout petit peu ambiguë, la fin du film est extrêmement morale et d’un classicisme éprouvé : le mariage des deux personnages positifs, Elizabeth Venable (Barbara Shelley) et Michael Latimer (Conrad Phillips). Read the rest of this entry »

Out of Africa

janvier 10th, 2018

Ennuyeux mais joli.

Trente deux ans depuis que, dans une salle de la ville d’Ajaccio, lors de la sortie en France de Out of Africa, j’ai vu le film en m’endormant presque, trente deux ans que je proclamais à cor et à cri que le film de Sydney Pollack faisait partie de ceux que je détestais le plus.

Je n’entends pas par là un film insignifiant ou franchement plat, comme la nullissime Année sainte mais comme un des mauvais coups contre le cinéma, un de ceux dispensés par BergmanGodard ou Antonioni : un truc terrifiant de suffisance et d’ennui. Read the rest of this entry »

La grande extase du sculpteur sur bois Steiner

janvier 6th, 2018

L’aigle vole au soleil.

Issu d’un DVD consacré à des courts métrages montagnards réalisés par Werner Herzog, qui comprend aussi un reportage sur le volcan de La Soufrière aux Antilles et un autre sur une ascension en Himalaya, La grande extase du sculpteur sur bois Steiner est un objet assez bizarre, dont on aurait bien vu la place dans la défunte émission de télévision Les coulisses de l’exploit, depuis bien longtemps disparue. Une émission un peu similaire dans son esprit à celui de Cinq colonnes à la une, le grand magazine d’information et qui, sur le volet sportif s’efforçait d’aller voir un peu au delà de la seule performance pour en exposer les singularités et les à-côtés. Read the rest of this entry »

Le fils de Jean

janvier 3rd, 2018

C’est mieux que « Joséphine ange gardien ».

C’est mieux, nettement mieux que Joséphine ange gardien, le feuilleton consensuel qui répand la gentillesse dans les chaumières, les barres et les tours, mais on a tout de même bien l’impression qu’on est dans un téléfilm réalisé pour TF1, avec de lourds secrets de famille qui ne seront dévoilés qu’à la fin, un bon moment d’exotisme verbal et géographique (puisque la quasi totalité du film se passe au Québec) et une marche au bord du précipice puisqu’on frôle les terrifiantes abysses de l’inceste. Ce qui permet de comprendre, s’il en était encore besoin pourquoi le héros, Matthieu (Pierre Deladonchamps, presque aussi torturé que dans L’inconnu du lac, mais nettement moins déshabillé) ne couche pas avec Bettina (Catherine de Léan, bien appétissante), alors que tous les deux, après une nuit alcoolisée en ont manifestement la plus grande envie. Read the rest of this entry »