Les moissons du ciel

mai 24th, 2014

Très beau et très bêta.

Depuis le temps que l’on me chante merveilles sur le cinéma de Terrence Malick, je ne demande pas mieux que de me faire une opinion un peu structurée sur le bonhomme, rare, et, comme tous les cinéastes rares, souvent jaugé à l’aune de sa rareté. Il y a deux ou trois ans, j’avais regardé Le nouveau monde et j’avais été à la fois séduit par la beauté des images et accablé par l’indigence de l’intrigue et, surtout, de la philosophie, naturaliste, panthéiste, rousseauiste… tout ce que je déteste.

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La femme aux bottes rouges

mai 22nd, 2014

Le talent n’est pas héréditaire.

C’est vrai, ça… On imagine que parce qu’il y a eu Sofia, fille de Francis Ford CoppolaJacques, fils de Maurice TourneurFrédéric, fils de Pierre SchœndœrfferJacques, fils de Michel Audiard (et même Alexandre Aja, fils d’Alexandre Arcady), tous les rejetons de réalisateurs illustres, ou même seulement notoires vont émerveiller nos écrans…

Mais Jean Becker n’atteint pas la cheville de Jacques, ni Marcel Ophuls le bout de l’orteil de Max. Et désormais, après avoir vu La femme aux bottes rouges, je vois bien que Luis Bunuel domine de cent coudées son Juan.

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Au service secret de Sa Majesté

mai 20th, 2014

Premier et dernier Lazenby

Tout y est, ou presque :les personnages secondaires (M – Bernard Lee -, Q – Desmond Llewelyn, Moneypenny – Lois Maxwell), la musique du thème de John Barry, les voitures de luxe, les paysages excitants et les filles superbes (on pourrait écrire tout autant les voitures superbes, les paysages de luxe et les filles excitantes, et ainsi de suite).

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Je chante

mai 19th, 2014

Je chante… mais sur un volcan !

C’est évidemment à ne pas mettre entre toutes les mains : ceux qui n’apprécient pas Charles Trénet (aussi incroyable que ça puisse paraître) n’ont pas à glisser un œil sur Je chante, film exclusivement bâti sur le Fou chantant qui va, vole, court, saute, trépide, swingue et interprète plusieurs de ses succès d’avant-guerre… Mais curieusement, ne figure pas au tableau la chanson qui donne son titre au film, mais on y trouve avec bonheur Quand j’étais p’tit, Les oiseaux de Paris, Donne ton cœur à l’amour (un petit chef-d’œuvre d’esprit et de rythme) et, en thème central (excellent, mais un peu trop ressassé) C’est la vie qui va toujours.

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La plus belle soirée de ma vie

mai 14th, 2014

Surprenant ; inabouti.

J’ai été très surpris, presque décontenancé par cette Plus belle soirée de ma vie dont j’avais entendu, ici et là, chanter merveilles et qui me laisse la curieuse impression d’un film inabouti, parcellaire et mal satisfaisant. Je crois que ce petit mystère est très explicable par la disparition brutale de Pierre Brasseur en cours de tournage, qui a en grande partie déséquilibré le récit et a contraint Ettore Scola à des choix périlleux, hasardeux mais, naturellement obligés… Mais à quoi bon essayer d’imaginer comment aurait pu être le film ? Il y a tant et tant d’impondérables au cinéma… Read the rest of this entry »

La Bandera

mai 13th, 2014

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Le fanion de la Légion

Julien Duvivier, évidemment pour ses films d’avant-guerre, mais aussi pour nombre de ceux qui lui sont postérieurs, c’est le cinéaste de l’écrasement des hommes par leurs fatalités. On le verra un peu plus tard dans Pépé le Moko et La belle équipe, mais aussi dans La fin du jour, dans Panique ou dans des œuvres moins connues, comme L’affaire Maurizius, La femme et le pantin, voire dans une comédie comme L’homme à l’imperméable. La vie est un long labyrinthe piégeux qui, quoi qu’on en fasse, se termine mal. Read the rest of this entry »

Pas son genre

mai 11th, 2014

Sur des rails.

Jubilation magnifique des premières séquences du film, de son premier tiers. Rencontre à la fois improbable et évidente, comme tant et tant de rencontres. D’un côté Clément (Loïc Corbery), professeur de philosophie, Parisien (jusqu’au bout des ongles), issu d’une famille lettrée, très à l’aise, auteur, déjà, d’un essai qui a été remarqué par ses pairs, reconnu comme un spécialiste français de la pensée germanique et scandinave. De l’autre, Jennifer (On dit Djennifer, parce que c’est anglais), (Émilie Dequenne), coiffeuse à Arras, qui élève seule son enfant, qui aime les people et les magazines qui en parlent, les décorations, les bibelots et les gadgets qu’on trouve en supermarché et en surcharge son appartement, et va rituellement, avec ses copines shampouineuses, faire le samedi soir des karaokés en boîte de nuit.

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Once

mai 8th, 2014

18796125Dans Dublin la pluvieuse

Ma connaissance du cinéma d’Irlande était proche de zéro (c’est une litote) et a toutes chances de le rester après la vision de ce très gentil, niais, ennuyeux et vide petit film que j’ai regardé je me demande encore pourquoi et qui a pour immense qualité de ne pas dépasser les 85 minutes.

Mais pendant cette petite heure et demie il y a vingt minutes de chansons glapissantes, exaspérantes, gémissantes, tremblotantes et, à mon sens, presque insupportables. Car l’histoire est celle d’un gratteur de guitare qui vient d’être abandonné par sa petite amie et vit avec son père, réparateur d’aspirateurs, et d’une petite bonne femme tchèque et insignifiante, qui a une petite fille, est séparée d’un mari resté du côté de Prague et joue avec talent du piano. Read the rest of this entry »

Le baron de l’écluse

mai 2nd, 2014

Charmant divertissement

On ne peut pas ne pas faire le rapprochement d’évidence avec Le gentleman d’Epsom, sorti dix-huit mois plus tard et qui, me semble-t-il, demeure un peu davantage dans les mémoires. Dans l’un et l’autre film, un vieux viveur de grande allure, qui a brûlé la chandelle par les deux bouts, a été aimé par les plus jolies femmes, a dépensé des fortunes, a soutenu des banco de folie, guidé par le seul goût du jeu et du plaisir, se retrouve à un moment fragile de sa vie, à une heure où, qu’il s’illusionne ou non, l’existence va devenir de plus en plus lourde.

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Noblesse oblige

avril 30th, 2014

Concentré d’humour noir.

La performance extraordinaire d’acteur d’Alec Guinness, qui incarne à lui tout seul huit personnages (certains, il est vrai, très négligeables) a sans doute éclipsé un peu trop la sèche méchanceté du propos de Noblesse oblige : un humour noir très noir, assez violent, cruel et empli d’une joyeuse et vertigineuse immoralité. Sans doute le film est-il typique de cette façon particulière des Anglo-saxons, et sans doute particulièrement des Britanniques de traiter avec une orientation très sarcastique, pleine de retenue (understatement) des situations absolument épouvantables avec flegme et distance ; on n’hésite en aucun cas à tutoyer l’obstacle, à aller un peu plus loin que la simple décence exigerait sous d’autres horizons ; ainsi, par exemple, la conversation, au tout début du film entre le directeur de la prison où est incarcéré Louis Mazzini (Dennis Price) et le bourreau qui doit le pendre au matin : Le dernier duc exécuté dans ce pays fut tristement saboté ; il est vrai que c’était du temps de la hache. Read the rest of this entry »