
Immense film !
Il est certain que je n’ai pas vu Quand passent les cigognes
lorsqu’il est sorti en France ; je crois que j’ai déjà eu l’occasion d’écrire, à propos de je ne sais plus qui, ou quoi, que, dans les années Soixante, aller voir un film soviétique relevait davantage de l’acte militant que de la démarche cinéphilique ; si on n’était pas membre de « France-URSS » ou d’un ciné-club engagé quelconque, on s’abstenait. Eh oui ! Les clivages étaient lourds et les jeunes pousses n’imaginent sûrement pas ce qu’était, en France, l’atmosphère de la Guerre froide, et notamment pour ce que j’en ai connu, entre 1956 (Budapest) et 1968 (Prague). La moindre part de talent concédée à l’autre camp vous faisait regarder d’un drôle d’air par ceux dont vous étiez idéologiquement proche. Read the rest of this entry »

a réalisé après avoir conquis sa liberté de création (c’est-à-dire après
), il se peut donc qu’
soit le moins bon ; je l’ai en tout cas souvent entendu ou lu de certains amateurs, qui jugent que l’esthétique si fortement marquée des années Soixante-Dix a notablement vieilli et a périmé certains aspects de l’œuvre. 
ne perd aucune instant pour poser l’atmosphère, montrer ce bateau qui cingle dans les parages d’une île inconnue, présenter le grand chasseur Rainsford (
) qui, en une phrase ambiguë donne le ton du film : « Le tigre que je chasse ne prend-il pas autant de plaisir à être chassé que moi à le chasser ?« , se débarrasser des autres voyageurs, noyés, ou dévorés par les requins qui pullulent et introduire le héros dans le cadre baroque du château du comte Zaroff. 
; dans le supplément qui relate l’histoire du film, de sa conception à son tournage, le réalisateur et le romancier inspirateur,
qui, initialement, devait tourner avec
, décision de vieillir les protagonistes, de choisir
et
, défiance des producteurs pour le dernier nommé et son remplacement par
, et ainsi de suite. 

est sorti (depuis quelques bonnes semaines, d’ailleurs), dans une lumineuse édition dont est coutumière
coproductrice du DVD, comme elle l’a été de
et de
, ses deux chefs-d’œuvre. Et quand j’écris lumineuse édition, c’est, bien entendu parce que l’image a fait l’objet d’une restauration complète (ce qui n’a pas été facile, comme l’apprend un des suppléments), mais aussi, peut-être surtout, parce que le film est précisément entouré de suppléments (des boni, comme dit 
) dont je suis obligé de retourner la galette en cours de projection, parce qu’il ne tient pas sur une seule face ; et en plus, suivant une habitude que les superproductions de jadis tenaient du théâtre, c’est précédé par un prologue et coupé par un entracte musicaux à images statiques, dont je ne rate pas une note quand j’ai le temps, et qui permettent de se mettre dans les bonnes dispositions d’esprit. 
vu plusieurs fois aux temps où la télévision ne se croyait pas obligée aux films en couleurs en début de soirée, mais j’avais plutôt gardé en mémoire une bluette très réussie, très aimable, très bon enfant et un peu superficielle. 
, je n’aurais acquis ni regardé ce
qui n’a pas une bien grande notoriété et qui date du début du cinéma parlant, c’est-à-dire d’une époque ou non seulement on capte techniquement mal le son, mais aussi – et surtout ! – où les acteurs n’ont pas encore perçu cette révolution phonique et se comportent encore comme des théâtreux, avec des articulations ampoulées et excessives. A preuve le jeu épouvantablement maniéré de 
a-t-il affadi, et même gommé la déchéance mortifère et la descente aux enfers de Toulouse-Lautrec, sans doute a-t-il introduit des éléments sentimentaux, romanesques, et même mélodramatiques qui appellent l’attendrissement et l’émotion, mais quand l’histoire d’amour avortée, abusivement prêtée au peintre s’incarne dans le magnifique personnage – totalement inventé – de Myriam Hayam, joué avec un talent fou et une admirable sensibilité par une
que je ne devinais pas si belle, on peut pardonner largement les libertés prises avec la vérité « historique », qui conduisent, paradoxalement, à une véracité essentielle.