Bien des sous pour pas grand chose…
Voilà l’exemple même d’un ratage majuscule, démesuré, d’une mégalomanie hollywoodienne qui ne songe qu’à entasser dollars sur dollars pour donner, dans la munificence des costumes et des décors, finalement une assez pauvre représentation de ce qu’a pu être l’Empire romain… Ces dépassements fous de budgets (de 2, on est passé à 40 millions de dollars), cette grandiloquence creuse, cette absence totale de subtilité et d’intelligence historique laisse pantois, d’autant qu’elle est signée par un Joseph L. Mankiewicz davantage réputé pour sa finesse, son ironie, son esprit que pour sa capacité à manier des foules de figurants… Je sais bien que les réalisateurs étasuniens ont l’étrange talent de passer du Magicien d’Oz à Autant en emporte le vent (Victor Fleming), mais là, le grand écart est vraiment sidérant : on ne reconnaît jamais l’intelligence du metteur en scène de la délicieuse Aventure de Mme Muir dans cette espèce de salmigondis indigeste et interminable où l’on s’amuserait presque à compter le nombre de robes différentes portées par Mlle Élizabeth Taylor si l’on n’était réveillé de tant à autre par une scène d’une certaine grandeur plastique (l’entrée de Cléopâtre à Rome, sur ce char tiré par des milliers d’esclaves nubiens ou la bataille décisive d’Actium). (suite…)