Angélique marquise des anges

mars 7th, 2018

Éclatant objet du désir.

Eh bien voilà, je viens de m’y mettre, d’entreprendre une croisière chamarrée dans l’Intégrale des aventures de la Marquise des anges. Je sais bien que les deux derniers épisodes ne valent pas tripette (malgré, ici et là, quelques bonnes séquences), mais les trois premiers méritent, à mes yeux, une attention soutenue. Et la re-vision que je viens de faire du premier film me conforte tout à fait dans cette idée : près de deux heures d’émotion, de retournements de situation, d’images magnifiques et une distribution éclatante avec plein de seconds et de troisièmes rôles magistraux qui donnent tout leur suc à la réalisation de Bernard Borderie, qu’on avait connu auparavant beaucoup moins inspiré qu’il ne l’est ici. Read the rest of this entry »

Suspiria

mars 6th, 2018

La maison du diable.

Il est certain que ce n’est pas grâce au scénario, un peu bricolé, plein de trous, d’invraisemblances et de naïvetés, déroulé de surcroît de façon un peu chaotique par Dario Argento qu’on peut apprécier Suspiria. Et cela malgré l’idée intéressante d’une secte d’affidés d’une sorcière grecque, Elena Markos, venue se réfugier à Fribourg et dont le modèle, selon l’auteur qui le dit dans un supplément du DVD, serait Helena Blavatsky, sorte d’obèse occultiste théosophique qui eut une certaine influence sur des esprits illuminés à la fin du 19ème siècle. Read the rest of this entry »

Les trois frères

mars 3rd, 2018

De guerre lasse…

Je ne me souvenais plus, avant de les avoir revus, combien Les trois frères pouvaient être jubilatoires à leur début et déprimants dans leur deuxième partie, donnant d’abord le meilleur de la verve et de la férocité du trio des Inconnus, montrant ensuite combien des artistes de music-hall n’ont pas la capacité de tenir sur la durée des prémisses amusantes et réussies. Rien n’est plus difficile à faire que le comique, vous diront tous les connaisseurs et ils auront bien raison, parce que la tension forcenée qui doit susciter l’hilarité est extraordinairement difficile à maintenir, se devant de rebondir sans cesse dans des situations farfelues mais inattendues, alors qu’un bon polar se satisfait de suivre une trame convenue du type Qui a tué ?Pourquoi a-t-on tué ? et Comment va-t-on découvrir puis coincer l’assassin ?. Read the rest of this entry »

Monty python : sacré Graal

mars 3rd, 2018

Petit paysage rigolo.

Je ne suis pas par nature ennemi du burlesque et je conçois parfaitement bien qu’une troupe de copains dynamiteurs des convenances cherche à reproduire sur la longue durée d’un film la suite de sketches qui a fait se bidonner le Royaume-Uni de 1964 à 1969 ; après tout, pourquoi pas ? En France, la troupe de Robert Dhéry a produit quelques œuvrettes de ce type, nonsensiques et frappées de folies et si, précisément, Branquignol est assez pitoyable, j’ai une très grande tendresse pour Ah ! les belles bacchantes, chef-d’œuvre du genre. En fait, je m’égare : ce à quoi on pourrait rattacher le parcours des Monty python, ce serait plutôt à une réalisation en long métrage des merveilleux Raisins verts de Jean-Christophe Averty, le seul réalisateur qui ait essayé de faire vraiment de la télévision un 8ème Art (ou 9ème – on s’y perd !).

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La Soufrière

mars 2nd, 2018

Monte là-dessus.

Deuxième volet d’un DVD composé de films documentaires réalisés par Werner Herzog, entre La grande extase du sculpteur sur bois Steiner en 1973 et Gasherbrum, la montagne lumineuse en 1984, La soufrière, en 1977 ne présente pas beaucoup d’intérêt. Le film-reportage relate et montre l’étrange situation survenue en Guadeloupe en 1976 lorsque le volcan qui est le point culminant de l’île et des Antilles menaça d’exploser, ce qu’il fait à intervalles réguliers, mais fort espacés (1530, 1797, 1956). On n’en était pas encore au dramatique et castrateur principe de précaution inscrit dans la Constitution par le funeste Chirac en 2005 (qui aurait à coup sûr interdit les Grandes découvertes du 16ème siècle) mais on a fait très attention, malgré les dissensions entre scientifiques opposés sur la réalité du danger (Claude Allègre le trouvant imminent, Haroun Tazieff le jugeant dérisoire). Les autorités ont fait donc procéder à une évacuation lente des habitants entre le 8 juillet et le 18 novembre 1976, déplaçant ainsi 75.000 personnes. Read the rest of this entry »

L’empire des nuages

février 28th, 2018

Une histoire française

Nourissier, c’était alors un cas un peu à part dans la littérature française : un talent tôt révélé qui, tout en demeurant un des premiers de l’époque, semblait s’être alors assoupi en croulant sous les honneurs. Il sortait périodiquement un livre délicat et agréable, récoltait un succès estimable et mérité mais qui laissait un peu l’impression qu’il se répétait, qu’il se livrait à des variations virtuoses sur des thèmes qu’il avait cent fois explorés : la banlieue d’avant-guerre, la mort du père pendant une séance de cinéma où il l’avait accompagné, la mésentente avec la mère, le malaise de sa génération. Read the rest of this entry »

Si j’étais le patron

février 27th, 2018

Le cinéma en pantoufles chaudes.

Richard Pottier est un cinéaste bien oublié aujourd’hui mais on peut mettre à son actifs plusieurs grands succès, Mademoiselle Swing en 1942, Les caves du Majestic en 1944, Barry en 1949 ou Caroline chérie en 1951 et même un très très bon film, Meurtres ? en 1950 avec un Fernandel persécuté par sa malfaisante famille. Cela dit on a bien pris conscience que Si j’étais le patron est sa première réalisation et qu’il était nécessaire qu’il se fît les crocs. Mais on pouvait tout de même attendre mieux d’un film interprété par Fernand Gravey, déjà expérimenté et Mireille Balin dont, il est vrai, c’était un des premiers rôles. Il n’y a guère que Max Dearly qui soit impeccable, avec son œil qui frise, qui est aussi crépitant et diabolique que Olivier Barrot et Raymond Chirat le décrivent dans Les excentriques du cinéma français (la Bible que devraient posséder, lire et relire tous ceux qui s’intéressent au 7ème art). Read the rest of this entry »

La révolte des cipayes

février 26th, 2018

Construit sur du sable.

L’Inde chatoyante et mystérieuse, ses maharadjahs fastueux, ses trésors de Golconde, ses fakirs masochistes, ses charmeurs de serpents, ses tigres mangeurs d’hommes, ses saris colorés ont imprimé durant de longues décennies leurs empreintes sur l’imaginaire occidental qui, en 1954, s’étonnait encore de les avoir perdus en 1947 lors de la partition de l’Empire de Sa Majesté britannique. Distorsion fascinante entre certains aspects extraordinairement raffinés et situation de misère noire, entre grandeur passée d’une haute civilisation et apparente soumission de peuples colonisés depuis le milieu du 18ème siècle… Read the rest of this entry »

L’économie du couple

février 23rd, 2018

Les bobos peints par eux-mêmes.

On se demande bien où est la différence entre ce film et un truc tourné pour la télévision. On se dit, d’ailleurs que si ça avait été financé pour TF1, il y avait moyen de tirer une longue série de l’histoire de ce couple un peu plus que trentenaire affublé de deux charmantes jumelles de 7 ou 8 ans, qui vit dans une maison pleine de charme on ne sait où dans ce qui doit être la banlieue parisienne colonisée par les professions boboïsées. Ça pourrait être à Montreuil ou à Bagnolet, dans une de ces communes où, tout doucement la pression immobilière et la griserie libertaire alternative écologiste locavore attirent des tas de gens. Read the rest of this entry »

Ma cousine de Varsovie

février 16th, 2018

Triste comme un chameau sous la neige.

Juste avant de signer une entrée tonitruante dans le cinéma, en 1942, avec L’assassin habite au 21 – immédiatement suivi par Le corbeauHenri-Georges Clouzot avait prêté son talent de scénariste et de dialoguiste à deux films qui ne sont pas négligeables, Le dernier des six de Georges Lacombe en 1941 et Les inconnus dans la maison de Henri Decoin en 1942. Mais auparavant ? Eh bien, à partir de 1931, il avait entamé le rude apprentissage du métier de cinéaste en adaptant et dialoguant une quinzaine de films dont bien peu ont laissé la moindre trace dans la mémoire des cinéphages les plus assidus. À peine peut-on citer, dans cette veine et cette époque Un soir de rafle de Carmine Gallone en 1931, avec Albert Préjean et Annabella et Éducation de prince d’Alexandre Esway en 1938, avec Louis Jouvet et Elvire Popesco. Read the rest of this entry »