Gasherbrum, la montagne lumineuse

mars 25th, 2018

Conquérants de l’inutile.

Ce que filme Werner Herzog dans les trois documentaires qui ont fait l’objet d’une bonne édition DVD, ce n’est jamais le Comment ? (ça, c’est réservé aux beaux films esthétisants des chaînes spécialisées), mais toujours le Pourquoi ?. Il ne se demande pas dans La grande extase du sculpteur sur bois Steiner comment on peut, à skis, sauter aussi loin à partir d’un tremplin bizarrement incurvé mais pourquoi un type un peu taciturne et réservé décide un jour d’imiter un oiseau. Non plus, dans La Soufrière, comment un volcan caraïbe toujours en activité paresseuse va – ou non – exploser et répandre le désastre, mais pourquoi des hommes ont décidé (ou plutôt ont accepté) de demeurer sur ses pentes au péril possible de leur vie. Et pas davantage comment, dans Gasherbrum, la montagne lumineuse, comment on s’y prend pour réaliser le singulier exploit d’escalader deux sommets sauvages de l’Himalaya sans assistance et sans oxygène, mais bien pourquoi un alpiniste italien parmi les plus réputés et les plus expérimentés du monde vit dans la seule optique de réaliser des exploits inédits et de se mettre en danger de mort à chacune de ses courses. Read the rest of this entry »

Justin de Marseille

mars 24th, 2018

Galéjades, œillades et fusillades.

Je n’irai pas jusqu’à dire comme Bertrand Tavernier,dans le supplément du DVD, que Justin de Marseille confine au chef-d’oeuvre, mais c’est un film drôlement intéressant et surtout très surprenant, alliant galéjades (un peu) et thriller (beaucoup) dans une sorte de juxtaposition tout à fait inédite. Je n’ai pas en tête, de fait, un film où le réalisateur passe avec autant de facilité et de fluidité d’un parcours émaillé de bons mots et de propos presque pagnolesques à une histoire de gangsters rondement menée et sacrément bien filmée, avec des plans originaux, marquants, toujours accordés à merveille au discours et à la suite de l’action. Du rythme, du souffle, de la vivacité ! On n’est guère, en 1934, qu’aux débuts du cinéma parlant, mais déjà les dialogues, la musique, la chanson même accompagnent avec beaucoup de talent et d’élégance cette histoire où s’entrecroisent guerre des gangs, évocation du Marseille d’avant-guerre et presque reportage sur le maquereautage d’une pauvre fille naïve heureusement sauvée par un Milieu qui était encore chevaleresque (à dire vrai, c’est sans doute là la faiblesse du film : comment croire à la rectitude du Milieu, qui a toujours fait son miel des gamines dont le regard s’illumine dès qu’un barbeau leur parle des étoiles ?). Read the rest of this entry »

La dernière maison sur la gauche (remake)

mars 21st, 2018

La vengeance au micro-ondes.

J’avais gardé un souvenir si détestable de La dernière maison sur la gauche dans sa version initiale de 1972, filmée par Wes Craven que je me disais que son remake, filmé en 2009 par Dennis Illiadis ne pouvait qu’être meilleur. Eh bien je n’avais pas tort et je crois même que j’ai pris un certain plaisir à regarder cette épouvantable histoire qui confronte un trio d’absolus salopards à une aimable famille d’un coin tranquille des États-Unis et se termine, après de sanglantes péripéties par l’extermination bienvenue des bandits. Ah ! Au fait on me souffle que le premier film était lui-même la rénovation de La source d’Ingmar Bergman   en 1960 ; c’est possible, mais il y a bien longtemps que j’ai cessé de fréquenter l’enquiquinant Suédois dont certains passionnés disent du bien. Tant mieux pour eux. Read the rest of this entry »

Monsieur Ripois

mars 18th, 2018

Une femme pardonne tout, excepté qu’on ne veuille pas d’elle (Musset)

Je pense depuis longtemps que le jeu de Gérard Philipe, souvent outré, théâtral, ostentatoire convenait beaucoup mieux à certains rôles qu’à d’autres. Et qu’il était d’autant meilleur qu’il interprétait un personnage minable (Une si jolie petite plageLes orgueilleux) ou méprisable (Le Rouge et le NoirPot-Bouille). C’est bien ainsi qu’il est, à la fois minable et misérable dans Monsieur Ripois adapté d’un roman de Louis Hémon, l’auteur de Maria Chapdelaine par le grand René Clément, superbe cinéaste dont, bien à tort, on ne parle plus guère aujourd’hui. Read the rest of this entry »

Noël blanc

mars 16th, 2018

Et extrêmement pâlot, même.

Autant j’avais été presque agréablement surpris par Le bouffon du Roi dans mon exhumation pieuse des souvenirs de mes jeunes années et de la (modeste) place qu’y avait prise Danny Kaye, autant je me suis désolé d’avoir cédé à cette très vieille nostalgie et d’avoir regardé cette parfaite nouillerie qu’est Noël blanc. Il est vrai pourtant que le nom révéré d’Irving Berling qui, avec Cole Porter et George Gershwin fut un de ces merveilleux mélodistes qui enchantèrent le siècle passé permettait de croire qu’à défaut de grands émois romanesques, le film dispenserait quelques très belles chansonnettes et des moments musicaux agréables. Read the rest of this entry »

Le triomphe de la volonté

mars 15th, 2018

Quel aveuglement !

Essayer de regarder sans autre parti-pris que cinématographique un film de propagande national-socialiste est forcément une gageure, lorsqu’on connaît la suite de l’histoire. Mais enfin, comme l’écrivait Jules RomainsCelui qui n’ose pas, de temps en temps, penser avec calme une chose affreuse ne sera jamais à tu et à toi avec la nature humaine. Il n’y a pas lieu de jouer les vierges effarouchées et de s’autocensurer en refusant de regarder un film artistiquement et politiquement aussi puissant en lui déniant tout mérite. Read the rest of this entry »

Angélique et le sultan

mars 14th, 2018

La vie, mode d’emploi.

Il était temps que ça s’arrête et que, les époux Peyrac, Geoffrey (Robert Hossein) et Angélique (Michèle Mercier) enfin réunis, puissent hors de notre vue, poursuivre une existence qu’on leur souhaite harmonieuse, sereine, paisible. Et bien loin en tout cas des myriades d’horreurs qui leur ont été dévolues jusqu’à l’épilogue de ce cinquième et dernier épisode de la série filmée par Bernard Borderie sur la trame de la longue geste élaborée par Anne et Serge Golon). On commençait, finalement, à en avoir un peu marre de ces éternelles situations où Angélique échappe à grand peine aux entreprises libidineuses de tous ceux qui l’approchent et où Geoffrey, aussi talentueux et richissime que malheureux dans ses entreprises, échoue régulièrement à reprendre avec lui sa légitime qu’une suite d’invraisemblables malheureuses destinées lui retirait au fur et à mesure qu’il s’en rapprochait. Supplices de Tantale ou de Sisyphe aussi épouvantables que les Anciens les avaient conçus. Read the rest of this entry »

Indomptable Angélique

mars 12th, 2018

Lettres de barbarie.

Il est constant et bien connu que pour lutter contre la lassitude qui naît de la monotonie et de la routine, il faut ajouter ici et là, pour réveiller l’intérêt, des pincées de poivre ; et des pincées qui doivent être de plus en plus fortes et nombreuses et du poivre qui doit être de plus en plus épicé. Parvenus au quatrième et pénultième volume cinématographique des aventures d’Angélique marquise des anges (mais je note que la série littéraire en compte treize !), parvenus au moment où l’héroïne qui brûle de retrouver son mari quitte Paris et se jette à la poursuite de Geoffrey de Peyrac (Robert Hossein), il faut introduire des piments intenses et un sadisme propre à réveiller les sens du spectateur au cas où il aurait le mauvais esprit de s’assoupir. Read the rest of this entry »

Angélique et le Roi

mars 11th, 2018

À grandes guides.

Merveilleuse Angélique s’achevait sur une conclusion finalement fort morale : Angélique de Sancé de Monteloup – épouse provisoire de l’inquiétant et fascinant Geoffrey de Peyrac – reprenait le fil de ce qui aurait dû être son destin et se mariait avec son cousin Philippe de Plessis-Bellière : les choses rentraient dans leur ordre immuable, pouvait-on dire et retrouvaient leur cours normal. Tout au moins est-ce ce que l’on pouvait penser, même si l’on avait remarqué que Louis XIV guignait avec gourmandise les charmes et les appas de la Marquise des anges. Read the rest of this entry »

Merveilleuse Angélique

mars 10th, 2018

Le moteur ronronne.

Merveilleuse Angélique, dans la série des films qui retracent les surprenantes destinées de la Marquise des anges, c’est un peu, comme on dit dans le Tour de France, une étape de transition entre la mise en place dans un climat torrentueux des personnages du premier volet et la poursuite de leurs aventures au milieu des événements criminels du temps (L’affaire des poisons dans Angélique et le Roy), du climat hautement périlleux des voyages (piraterie et esclavage) dans Indomptable Angélique, de l’exotisme conclusif dans Angélique et le sultan (ce dernier volet extrêmement faible, d’ailleurs, dans mon souvenir). Read the rest of this entry »