Oncle Yanco

mars 11th, 2020

Les temps déraisonnables.

La caractéristique des DVD éditée par Ciné-Tamaris, qui est la maison de production d’Agnès Varda, est d’être truffés, aux côtés du principal film présenté, d’une kyrielle de petits courts, des courts-métrages tournés ici et là, au hasard des années, qui sont évidemment en rapport avec le film majeur. Dans le DVD de Lions love qui comporte aussi le petit pamphlet Black panthers, voilà que je trouve Oncle Yanco. Et j’ai le singulier travers de regarder tout ce qui figure sur les DVD que je possède et, pire encore, de m’imposer d’écrire sur tout ce que j’ai vu (sauf exceptions rarissimes, qui confirment évidemment la règle), afin d’améliorer encore ma faculté de rédiger sur n’importe quoi. Read the rest of this entry »

Calvaire

mars 9th, 2020

Les surprises de l’amour.

Être présenté comme un conglomérat unissant des films aussi différents que PsychoseDélivrance et même La Passion du Christ n’est pas forcément un cadeau ; ça met la barre bien haut et forcément, après avoir été regardé, ça déçoit un peu. On a vu tant et tant de ces films de sauvages où un individu lambda, à peu près civilisé (comme vous et moi) se trouve ex abrupto plongé vers l’immondice, la sauvagerie, la brutalité qu’on s’attend toujours à tout. On sait qu’à un moment donné une violence absolue va se déclencher qui ne sera comprise ni par nous, spectateurs confortables, ni par le malheureux clampin qui n’a absolument aucun moyen d’échapper aux hordes sauvages et qui se retrouve – lorsqu’il parvient à survivre – hagard et dévasté. Read the rest of this entry »

Jusqu’à la garde

mars 9th, 2020

D’amour et d’eau fraîche.

Ma foi ! Je dirais volontiers que l’attribution des colifichets et des bimbeloteries des Césars et toutes les polémiques qui accompagnent ce rituel essoufflé n’ont vraiment aucune importance. Je n’avais pas souvenir que Jusqu’à la garde eût obtenu la récompense suprême de meilleur film et quelques récompenses adventices (dont celui de la meilleure actrice) en 2019. Il me semble que, jusqu’à voir le film en DVD je n’avais jamais entendu parler de son réalisateur, Xavier Legrand, ni de son actrice principale, Léa Drucker, que je pensais fille de Michel Drucker et sœur de Marie Drucker (mais ce n’est pas ça du tout). Read the rest of this entry »

Le fils d’un Roi

mars 8th, 2020

La place vide.

Il y a dans le processus démocratique et dans son fonctionnement un absent. Dans la politique française, cet absent est la figure du Roi, dont je pense fondamentalement que le peuple français n’a pas voulu la mort. La Terreur a creusé un vide émotionnel, imaginaire, collectif : le Roi n’est plus là ! On a essayé ensuite de réinvestir ce vide, d’y placer d’autres figures : ce sont les moments napoléonien et gaulliste, notamment. Le reste du temps, la démocratie française ne remplit pas l’espace. Et savez-vous bien qui a tenu ce propos singulier, surprenant, détonant qui rejoint, dans une large mesure ce que pensait le Général de Gaulle et que la Constitution de la Vème République a tenté d’arranger ? Tout simplement notre actuel Président, Emmanuel Macron, dans une interview de 2015. Read the rest of this entry »

Black Panthers

mars 2nd, 2020

Qui a peur du grand méchant loup ?

J’aime trop Agnès Varda, celle de Cléo, du Bonheur, de Sans toit ni loi, mais aussi celle de Daguerréotypes, de Jacquot de Nantes, des Glaneurs et la glaneuse pour ne pas lui infliger ce que le christianisme nomme une correction fraternelle, un acte charitable envers quelqu’un qu’on apprécie, qu’on aime et qui a commis une grave faute. Remarquez bien que de là où elle est, le paradis des cinéastes qui ont su enchanter bien des spectateurs, elle doit se ficher de ma récrimination comme de son premier tour de manivelle ; mais ça ne fait rien, il faut pourtant que je lui dise, au travers de la contingence, combien son Black Panthers est détestable – ce qui n’est pas bien grave – mais surtout comme il est ennuyeux. Read the rest of this entry »

Parasite

février 29th, 2020

Le pays du matin calme et des égouts qui débordent.

Aux premières images, on se croirait un peu dans Affreux, sales et méchants d’Ettore Scola, au milieu de la crasse, de la boue, des rues défoncées. Une famille coréenne entassée dans un demi sous-sol minable, qui survit tant bien que mal en pliant des cartons de pizzas. Mais en fait ce n’est pas ça. Les deux enfants, le garçon Ki-woo (Choi Woo-sik) et la fille Ki-jung (Park So-dam) ne sont pas des débiles légers et auraient presque pu entrer à l’Université. Et même le père Ki-taek (Song Kang-ho) et la mère Chung-sook (Jang Hye-jin) ne sont pas dépourvus d’intelligence et de qualités. Mais la survie est dure et les perspectives minables, surtout dans une société aussi clivante et sans pitié que la société coréenne, vouée toute entière à l’exaltation de la réussite sociale et donc à l’esclavage de ceux qui ne peuvent pas monter dans le train de la prospérité. Read the rest of this entry »

Donnez-moi ma chance

février 28th, 2020

Miroir aux alouettes.

Il est assez drôle de regarder un film où la partie vertueuse du cinéma de 1957 se moque moralement d’elle-même, même si l’affiche est assez racoleuse et si on entraperçoit l’ombre d’un sein nu. D’ailleurs le titre alternatif du film de Léonide Moguy est le plus explicite Piège à filles. Et le miroir aux alouettes dont j’affuble mon avis est bien celui qui fait briller les yeux romanesques qui imaginent que la vie d’artiste est un chemin de roses aux mille plaisirs et au sol lisse. Remarquez que ça ne touche pas que les jeunes filles et que l’admirable aventure du Schpountz de Marcel Pagnol montrait aussi cette fascination idiote ressentie, cette fois, du côté masculin. Read the rest of this entry »

Green book

février 26th, 2020

« God bless America ! »

Il serait bien injuste de dire autre chose que du bien d’un film sympathique, souvent touchant, qui donne envie de se réconcilier avec l’ensemble du genre humain et qui montre sans méchanceté mais en les poussant jusqu’à l’absurde les vilenies et conneries du petty apartheid, c’est-à-dire l’apartheid mesquin imposé plus d’un siècle après la fin de l’esclavage aux Noirs des États-Unis. Les places interdites dans les autobus, les hôtels et restaurants réservés aux Blancs et – comme il est montré dans Green book – la cabane au fond du jardin qui peut seule être utilisée par un postérieur de couleur. Ou, autre comble de l’absurdité et de la sottise la règle qui veut que le pianiste célèbre, qu’on se prépare à applaudir ensuite sans arrière-pensée (!!) ne puisse dîner dans la même salle que ses futurs spectateurs. Read the rest of this entry »

La grande bouffe

février 24th, 2020

La mort qui fait le trottoir.

Je crois qu’il y a des films qu’il faut avoir de la bouteille, beaucoup de bouteille pour apprécier ; et sinon de la bouteille, du moins de la distance, c’est-à-dire la capacité de voir, au delà du récit brut, des images crues, des dialogues choquants, la volonté du metteur en scène, peut-être la leçon qu’il veut donner. Je n’étais pourtant pas un perdreau de l’année lorsque j’ai vu La grande bouffe au cinéma en 1973 et pourtant ma femme et moi avons quitté la salle bien avant la fin du film, lassés, écœurés, scandalisés par la suite ininterrompue de séquences qui nous répugnaient. Et depuis lors, depuis près de cinquante ans, je m’étais soigneusement gardé de remettre le nez chez Marco Ferreri, non pas par moralisme gnangnan mais parce que je n’avais vraiment pas envie de retrouver la sensation de dégoût de jadis. Read the rest of this entry »

Martin et Léa

février 21st, 2020

Le pain de ménage.

Ce qui est certain, c’est qu’aucun film d’Alain Cavalier n’est dérisoire, insignifiant ou, surtout, banal. Un réalisateur tout à fait en marge, incapable de se fondre dans la masse molle ou de filmer un de ces sujets de société qui font florès un peu partout et finissent par remplir les cases obligées des chaînes de télévision. On peut s’étonner de certains choix, de certaines orientations, d’une certaine propension du réalisateur à ne filmer, si l’on peut dire que pour lui, au travers d’insistances mises sur certaines obsessions personnelles (Libera me) ou même d’autobiographies clairement revendiquées (Le filmeur). Ce n’est pas toujours satisfaisant ni convaincant, mais ça n’est jamais absurde ou ridicule. Read the rest of this entry »