La cité sans voiles

octobre 6th, 2017

Le livre de la jungle.

Il y a bien longtemps que je n’avais pas été emballé, de la première à la dernière image par un film noir étasunien et si ma note peut sembler un peu élevée, c’est sûrement par principe de plaisir, pour remercier Jules Dassin de m’avoir fait passer une large heure et demie formidable (au paradis des cinéastes, il se fiche sûrement de mon point de vue, mais tout de même…). Read the rest of this entry »

La vie rêvée des anges

septembre 30th, 2017

Où l’enfer n’est pas loin.

C’est un film formidable, attachant, généreux et triste, aussi, et désespérant même. Une étoile noire d’un réalisateur, Érick Zonca, qui tournait là son premier long métrage, qui connut un grand succès critique et une foule de récompenses (trois Césars, double prix d’interprétation féminine à Cannes), réalisa dix ans après un film inconnu Julia) et se prépare à sortir, en 2018, son troisième opusFleuve noir, après avoir tourné plusieurs spots de publicité et un téléfilm. Singulier parcours, d’autant que le scénario de La vie rêvée des anges est également de la plume de Zonca. Read the rest of this entry »

My fair lady

septembre 28th, 2017

Qu’est-ce qu’une comédie musicale sans bonne musique ?

L’époque était aux très longues comédies musicales à grand spectacle et, à peu près simultanément sortaient sur les écrans Mary PoppinsLa mélodie du bonheur et donc My fair lady. Je n’ai pas un mauvais souvenir du premier film cité (vu, il est vrai, il y a très longtemps), je suis en perpétuelle admiration devant le deuxième mais je n’avais jamais vu jusqu’alors le troisième, auréolé de ses 8 Oscars. Je ne peux pas dire que c’est dépourvu de qualités, mais enfin j’ai assez modérément apprécié. Il est vrai que j’ai capté ça sur Paramount channel à la télévision, qui a la désagréable manie de diffuser les œuvres en version française exclusive, y compris, hélas, les parties chantées et que c’est là une redoutable épreuve pour un film où les jeux de mots et les jeux sur les mots sont légion et que les impératifs du doublage abiment énormément les intentions du réalisateur. Il paraît d’ailleurs que cette version française est réputée pour être épouvantable ; il est fort possible que si j’avais vu My fair lady en VO, j’aurais mis un point de plus, un peu davantage que la moyenne donc.

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Derrière la façade

septembre 27th, 2017

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Quelle constellation !

Revu ce charmant film qui date de juste avant la guerre et séduit à nouveau par cette légèreté intelligente qui faisait cohabiter des tas d’acteurs connus dont tous n’étaient pas de second plan (Jules BerryErich von StroheimGaby MorlayElvire Popesco) au milieu d’une intrigue insignifiante, mais habile et en tout cas très propice à délivrer des scènes typiques et des numéros brillants.

Un petit télégraphiste découvre, assassinée dans l’ascenseur, la propriétaire d’un immeuble de rapport. Il ne fait pas de doute, d’emblée, que le meurtrier ne peut être qu’un des locataires ou un familier des lieux. Dès lors, les policiers chargés d’élucider l’affaire vont devoir se transporter dans les milieux très différents qui composent le petit monde de la maison et y traquer les intrigues, les secrets, les anomalies qui sont derrière la façade.
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Au bon beurre

septembre 25th, 2017

Y’a pas de quoi rire…

Au bon beurre est l’exemple même de ce qu’était et de ce que pourrait être une télévision de qualité : le choix d’un réalisateur solide, Édouard Molinaro, sans doute dépourvu de grand talent, mais capable d’adaptations de bon niveau ; des acteurs de premier plan, Roger Hanin et Andréa Ferréol et une kyrielle de seconds rôles capables de donner de l’épaisseur à un film : Paul GuersDora DollClaude BrossetMonique Mélinand et beaucoup d’autres ; un roman idéalement découpé pour retenir constamment l’attention ; une période historique certes continuellement explorée et commentée mais considérée là principalement sous l’angle original du marché noir et de la crapulerie dénonciatrice ; une conclusion amère et juste, le triomphe immoral des profiteurs ; une adaptation très fidèle de l’œuvre d’un excellent romancier, Jean Dutourd, qui connaît aujourd’hui son purgatoire littéraire, dont je serais toutefois bien étonné qu’il ne ressorte pas dans quelques années ou décennies, tant sa verve narquoise et son œil ironique sont délicieux. Read the rest of this entry »

El Dorado

septembre 23rd, 2017

Ça manque d’espace.

Je lis ici et là que El Dorado est plus qu’un remake, une variation sur le même thème que Rio Bravo. De fait on y retrouve les mêmes histoires de vendettas boueuses et bouseuses et les mêmes personnages taillés à la serpe, sans complexité ni ambiguïtés, chevaleresques à qui mieux mieux, comme dans des chansons de geste. Fallait-il que le Nouveau Monde, quand il créait ses légendes et construisait son identité passât par les mêmes ennuyeuses litanies sommaires ? C’est possible. Read the rest of this entry »

Le château dans le ciel

septembre 22nd, 2017

Le goût du saké, fade et tiède.

Ma foi ! On m’avait dit du bien des films du réalisateur japonais Miyazaki, de leur poésie, de leur originalité, de leur accompagnement musical de Joe Hisaishi, mais aussi de leur violence baroque, si particulière du pays du Soleil levant. J’ai voulu essayer, je n’ai pas détesté, mais je doute de repiquer au truc, sauf, peut-être, si c’était le seul moyen de calmer une bande d’enfants dissipés que je recevrais à l’occasion de l’anniversaire de ma petite fille. Read the rest of this entry »

Anthony Zimmer

septembre 19th, 2017

Trop malin pour être honnête.

J’aurais aimé donner une assez bonne note à Anthony Zimmer, parce que je ne m’y suis pas ennuyé une seconde et parce que j’y ai apprécié le jeu toujours intelligent d’Yvan Attal et l’invraisemblable capacité séductrice de Sophie Marceau. Bon film de série, certes, bien charpenté, bien rythmé, bien conduit, avec tout ce qu’il faut de séquences brutales pour frapper l’imagination, tout ce qu’il faut d’images de palace pour qu’on puisse s’y prélasser virtuellement, juste ce qu’il faut d’assassinats et de courses poursuite pour qu’on puisse y trouver son content d’adrénaline.

 

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Fatale

septembre 16th, 2017

Autopsie d’un désastre.

On ne m’avait pas dit du bien de Fatale et comme je sais que Louis Malle, grand cinéaste, peut quelquefois tomber dans les pires nouilleries (de Zazie dans le métro à Black Moon), je me méfiais un peu, craignant que son avant-dernier opus soit un de ces films de trop que quelques uns des meilleurs réalisateurs commettent. Eh bien j’ai été très heureusement surpris et je me dis que si le film ne se terminait pas par vingt dernières minutes sottement mélodramatiques, mon appréciation aurait été ravie. Il est vrai que Fatale est l’adaptation d’une nouvelle dont on ne pouvait sans doute guère modifier profondément la conclusion ; et puis je me demande aussi comment Malle aurait pu achever son histoire sur autre chose que du sang, de la mort et du désastre. Et pourtant si ! le désamour des deux personnages, l’abandon graduel, la lassitude de l’un pour l’autre ou – de façon plus vaudevillesque – la découverte de leur liaison sans la tragédie qui la marque étaient aussi des orientations… Read the rest of this entry »

Deux heures moins le quart avant Jésus Christ

septembre 15th, 2017

Désespérant.

Le terrible, c’est qu’un film aussi stupide, navrant, minable, dégradant, outre de n’avoir pas manqué de moyens – costumes, figurants, décors – pour un résultat si piètre, soit de Jean Yanne. Acteur parmi les plus grands, souvent bouleversant (deux exemples : Le boucher et Nous ne vieillirons pas ensemble), ce qu’il a réalisé n’était pas du niveau de ce qu’il a interprété, de la même façon que ce qu’a commis Michel Audiard metteur en scène n’arrivait pas à la cheville de ses géniaux dialogues. Pourtant il me semble me souvenir que Tout le monde il est beau ou Moi y’en a vouloir des sous étaient dans beaucoup de séquences, d’une acidité chlorhydrique et que Yanne savait y manier une délicieuse souveraine grossièreté, bien venue dans les temps mous ; il est vrai qu’il était alors assisté par l’immense talent de Gérard Sire dont la disparition brutale en 1977 (à 50 ans) fut une immense perte pour l’esprit satirique français. Read the rest of this entry »