Le miroir

septembre 12th, 2017

L’emmerdante beauté.

Je crois qu’il ne me serait pas très difficile de donner au Miroir une note maximale et, dans un grand débordement lyrique, d’évoquer l’extrême beauté des images captées ici et là par Tarkovsky, qu’elles soient en noir et blanc ou en couleurs, la parfaite adéquation de la musique, qui intervient de façon rare, mais parfaitement adaptée et qui est de Bach,Pergolese et Purcell, la liberté de ton du cinéaste qui bâtit son film sur un enchantement de souvenirs tristes, drôles ou gais. Et d’ajouter, ce à quoi je suis toujours sensible, ce chant d’amour à l’âme russe, si particulière et si profonde, qui culmine lors de la lecture d’une lettre de Pouchkine expliquant que le schisme orthodoxe, en laissant le pays en marge de la Chrétienté en a fait le rempart du monde chrétien (je résume et amalgame un peu, mais l’esprit est là). Read the rest of this entry »

L’homme pressé

septembre 11th, 2017

Rien ne sert de courir.

Quelle idée la télévision a-t-elle eu d’aller exhumer ce mauvais film pour rendre hommage à Mireille Darc ? Un film où malgré sa présence au générique sur le même plan qu’Alain Delon, elle ne tient qu’un rôle secondaire et n’apparaît qu’épisodiquement, sans jamais marquer les séquences de sa présence pourtant d’habitude si éclatante où elle n’est pas plus au devant de la scène que Michel Duchaussoy, excellent dans le second rôle assumé de Placide Justin, auxiliaire, homme de main, souffre-douleur de Pierre Niox (Alain Delon).

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Les vierges de Satan

septembre 8th, 2017

Partie de campagne.

Bijou tardif de la période dorée de la Hammer filmLes vierges de Satan portent, en français, un titre roublard. Un des titres britanniques, Brides of Satan, plus prude, n’est pas très bien approprié non plus, puisque le film relate le combat d’un groupe déterminé, conduit par le duc de Richleau (Christopher Lee) pour tirer des griffes d’une secte satanique dirigée par Mocata (Charles Gray) deux jeunes gens qui se sont laissés fasciner par Lucifer (je résume). Il n’y a pas là dedans la moindre coquinerie et la seule orgie représentée, lors de la réunion champêtre des adorateurs du Malin peut être mise sous les yeux les plus innocents. Read the rest of this entry »

L’homme qui rétrécit

septembre 7th, 2017

L’Homme, mesure de toute chose.

Ce qui est intéressant, dans L’homme qui rétrécit et qui contribue à donner au film une tonalité encore plus émouvante qu’effrayante, c’est le parti pris de montrer l’affreuse aventure survenue à Scott Carey (Grant Williams) de façon graduelle et irréversible. Les premières minutes situent rapidement les protagonistes, Scott et Louise (Randy Stuart), jeune couple heureux, aisé, aimant, tonique et donnent la raison du phénomène qui frappe le malheureux garçon : l’exposition à un nuage de radiations atomiques conjuguée malencontreusement à un épandage d’insecticides qui a déclenché une sorte de réaction en chaîne. On voit bien que les terreurs de 1957 ne sont plus celles des entraînées par les vampires et les loups-garous (qui reviendront toutefois très vite), mais celles des dangers d’une science qui n’est pas maîtrisée ou qui risque d’échapper à des apprentis sorciers ; Hiroshima et Nagasaki ne sont pas très loin dans les mémoires et la Guerre froide fait rage. Read the rest of this entry »

Le grand blond avec la chaussure noire

septembre 4th, 2017

Clownesque. Pénible.

Personne ne cite jamais Yves Robert spontanément comme un des plus intéressants réalisateurs français de la fin du 20ème siècle et pourtant il demeurera sûrement longtemps dans les mémoires grâce à deux petits bijoux, deux bijoux qui sont en fait quatre, comme de charmants pendentifs d’oreille : les deux films La gloire de mon père et Le château de ma mère adaptés des Souvenirs d’enfance de Marcel Pagnol et les deux films de bandeUn éléphant, ça trompe énormément et Nous irons tous au paradis. Mais avant ces doubles petits chefs-d’œuvre, il avait déjà mis en scène une paire de films qui lui a valu un immense succès public et la confiance des producteurs : les aventures du Grand blond. Read the rest of this entry »

Le fanfaron

septembre 2nd, 2017

La vie devant soi.

On se demande, d’abord, où Dino Risi veut nous conduire : l’opposition entre deux personnages aux personnalités et aux tempéraments parfaitement dissemblables est un procédé très traditionnel, très classique et d’une certaine façon très facile. Et même le voyage automobile sans destination précise, ce road movie de 1962 dont le réalisateur, dans l’entretien du DVD, dit, sans doute à juste titre, qu’il en a inspiré l’idée à Dennis Hopper pour Easy rider (1969) est, finalement, une variation moderne des récits picaresques depuis longtemps dispensés par la littérature. C’est bien cela, primitivement : une distorsion entre les caractères de deux compagnons de rencontre, l’un hâbleur, goujat, effronté, insupportable, l’autre réservé, timide, coincé, rangé, lancés dans un parcours commun où chacun réagira selon sa pente jusqu’à ce que quelque chose se passe… Read the rest of this entry »

Sa Majesté des mouches

août 30th, 2017

Belzébuth ne nous abandonne jamais.

Comment mieux montrer la fragilité extrême des convenances sociales, des bienveillances et des révérences qu’en dispensant une parabole qui est presque une épure ? Des garçons britanniques issus des meilleurs collèges, isolés sur une île exotique par un accident d’avion vont, en quelques semaines y vivre ce qui fait l’essence de l’Homme, la volonté de Puissance et la capacité de tuer. Les garçons, qui ont entre treize et huit ans, se retrouvent, du jour au lendemain, privés de toute férule adulte ; ils viennent d’une de ces public schools dont la caractéristique est d’être, par une curieuse antiphrase, entièrement privées et sélectives. Uniformes, corporations, tenues particulières, adhésion à des traditions quasi claniques. Read the rest of this entry »

Des gens sans importance

août 22nd, 2017

Les pauvres gens

Finalement, en revoyant une fois encore Des gens sans importance, on se dit que ce n’est pas vraiment un film noir, malgré la mort de Clotilde (Françoise Arnoul) ravagée par la septicémie à la suite de son avortement clandestin. C’est davantage qu’un film noir : c’est un film totalement gris, de la grisaille immuable de l’existence des petites gens, de ces gens sans importance filmés avec beaucoup de talent par un Henri Verneuil que l’intelligentsia a pris de haut mais qui fut et demeure un sacré cinéaste.
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Van Gogh

août 20th, 2017

Lumière d’été.

Les soixante-sept derniers jours de la vie de Vincent van Gogh (Jacques Dutronc) jetés à la figure du spectateur par Maurice Pialat avec une sorte de brutalité magnifique et un étrange film trop long. D’abord, si l’on n’a pas quelques lumières sur l’itinéraire du peintre, que comprend-on en voyant descendre du train le 20 mai 1890 à Auvers sur Oise un vagabond lunaire ? Un vagabond qui prend pension à la modeste auberge Ravoux et qui s’incruste peu à peu dans la famille du docteur Gachet (Gérard Séty), médecin désinvolte, ami des impressionnistes et collectionneur avide, qui a promis à Théo van Gogh (Bernard Le Coq) de s’occuper de son frère Vincent, qui vient à peine de sortir de l’asile d’aliénés de Saint Rémy de Provence. Read the rest of this entry »

Le rayon vert

août 18th, 2017

rayonvert1Portrait d’une exaspérante.

On peut vraiment se demander pourquoi le Rayon vert, cinquième ouvrage de la série des Comédies et proverbes, qui en compte six est aussi vilipendé, alors que, s’il déroge un peu aux pratiques de Rohmer (dialogues non plus très écrits mais largement improvisés, présence d’une musique hors champ) en dispense tous les extraordinaires charmes, pourtant. Il me semble qu’il y a dans ce film à intrigue minimale et à structure très lâche beaucoup de ce qui fait le génie du cinéaste : la capacité de capter l’air du temps, de donner à ses personnages inventés une réalité, une véracité qui font qu’on a l’impression de les avoir croisés, ou de pouvoir les croiser le lendemain.
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