Le voyeur

août 17th, 2017

Le petit oiseau va sortir.

Je trouve que Michael Powell a rudement bien fait de se séparer, à compter de ce film, avec son encombrant farfelu scénariste Emeric Pressburger qui l’a amené à réaliser un paquet de films naïfs (comme Les chaussons rouges), grandiloquents (comme Le narcisse noir) ou burlesques (comme Colonel Blimp). Sans rien perdre de son grand talent de metteur en images, de sa virtuosité dans les mouvements de caméra et de son goût (sans doute même excessif) pour les chatoiements de couleurs, Powell filme enfin une histoire intéressante, souvent angoissante et quelquefois profonde. Read the rest of this entry »

Chickamauga

août 16th, 2017

Brillant exercice de style.

Le DVD est intitulé Au cœur de la vie, et comprend ChickamaugaL’oiseau moqueur et La rivière du hibou. Trois histoires du singulier Ambrose Bierce, toutes trois centrées sur la Guerre de Sécession. Les suppléments du DVD indiquent d’ailleurs que Robert Enrico, qui voulait absolument réaliser La rivière du hibou a été amené par la production à densifier son court métrage et qu’il a adjoint deux histoires qu’il n’avait pas initialement prévu de tourner. Read the rest of this entry »

Les compères

août 16th, 2017

La nullité à l’état brut.

Je n’ai rien contre le cinéma distrayant de Francis Veber, qu’ils soit scénariste ou qu’il se risque à la réalisation. Je ne suis pas particulèrement émerveillé par L’emmerdeur, mais j’ai bien aimé Le téléphone rose, par exemple et je ne rate jamais une diffusion télévisée du bijou qu’est Le dîner de cons. J’ai même dû regarder sans déplaisir La chèvre où se mettait en place le duo inusable constitué par un grand baraqué sommaire (Gérard Depardieu) et un ahuri gaffeur (Pierre Richard), procédé utilisé ensuite jusqu’à plus soif par d’autres réalisateurs voire des acteurs différents (Les anges gardiens de Jean-Marie Poiré avec Christian Clavier à la place de Pierre Richard). Read the rest of this entry »

Antoine et Colette

août 16th, 2017

Des adolescents d’autrefois.

Je n’ai pas vu ce film à sketches intitulé L’amour à vingt ans, qui n’a pas porté bonheur aux réalisateurs des autres histoires puisque, aux côtés de François Truffaut il y avait des fils deRenzo Rossellini et Marcel Ophuls, dont le talent n’égale tout de même pas celui de leur papa, un certain Shintarô Ishihara dont la filmographie paraît étique, et Andrzej Wajda à qui Danton a dû couper (hi hi !) l’inspiration. Read the rest of this entry »

Les mistons

août 14th, 2017

On n’est pas sérieux quand on a quatorze ans…

François Truffaut, dans Les cahiers du cinéma avait abondamment daubé sur la fausse image de l’enfance délinquante que présentait Jean Delannoy dans Chiens perdus sans collieradaptation d’un roman éponyme de Gilbert Cesbron, romancier à l’immense succès, spécialisé un peu dans les faits de société, comme on dit aujourd’hui ; et il a eu envie de réaliser avec son premier vrai film, un court-métrage sur l’enfance et ses désordres. Une bande de gamins qui s’ennuie donne la chasse à un couple d’amoureux qui aimerait être un peu tranquille pour voir la feuille à l’envers. Et un jour, quelques mois plus tard, ils apprennent que le garçon (Gérard Blain) s’est tué en montagne. C’est, d’une certaine façon, la fin de l’enfance… Read the rest of this entry »

L’oiseau moqueur

août 13th, 2017

La guerre civile.

Premier segment (ou deuxième ; la chose n’a pas grande importance), avec Chickamauga et La rivière du hibou des trois métrages d’une demi-heure qui adaptent, sous le nom de Au cœur de la vie, des récits d’Ambrose Bierce consacrés à la guerre de Sécession, voici L’oiseau moqueur. Trois récits marqués par la cruauté et le rêve, celui-ci un peu davantage inscrit dans une anecdote qui n’est pas très convaincante : un soldat nordiste qui, lors d’une nuit de garde a tiré sur une silhouette furtive et a ainsi tué le frère dont il avait jadis été séparé depuis la mort de leur mère et qui combattait dans les rangs sudistes. Ce point est un peu le pont-aux-ânes mélodramatique des guerres civiles. Read the rest of this entry »

Inland Empire

août 11th, 2017

??????

Bon ; je sors de Inland Empire et j’ai le sentiment d’être plus encore embrouillé que je ne le craignais.

Forcément on se demande si le Lynch qu’on aime, toujours sur la ligne de crête des obscurités allusives, des ellipses énigmatiques, des ombres impalpables n’a pas, cette fois, franchement décroché pour passer carrément dans le n’importe quoi.

Et puis, peu à peu, reviennent en tête, remontent en surface, des images fortes, des bribes de séquence, des morceaux de dialogue.

Read the rest of this entry »

Brancaleone s’en va-t-aux croisades

août 7th, 2017

Une farce profonde.

Par une bizarrerie éditoriale que je ne m’explique pas, Brancaleone s’en va-t-aux croisades paraît en France avant le premier volet de la geste du chevalier errant, dont les amateurs éclairés disent pourtant qu’il est le meilleur des deux. Si c’est bien le cas, je me réjouis à l’avance du moment où L’armée Brancaleone nous parviendra. Parce que je me suis régalé à la découverte de ce second épisode, qu’on peut, il est vrai, voir indépendamment de son prédécesseur. Et pourtant je m’engageais sur ce chemin avec un petit bout de réticence, malgré Mario Monicelli, malgré Age et Scarpelli, malgré Vittorio Gassman, craignant un peu que ce soit principalement une farce pleine de trucs grossiers, comme Pasolini en a tourné avec Le Décaméron et Les contes de Canterbury. La truculence n’est pas mon fort et je n’ai jamais trop accroché aux récits rabelaisiens. Read the rest of this entry »

L’empereur du Nord

août 5th, 2017

« Dégage la voie, petit ! »

N’étaient l’admiration que je voue aux grands acteurs Lee Marvin et surtout Ernest Borgnine, la capacité de Robert Aldrich de filmer habilement les trains et leurs machineries compliquées et aussi la chorégraphie réussie de la méchante bagarre finale, j’aurais certainement mis une note inférieure à la moyenne à L’empereur du Nord. Au demeurant, ce titre français est complètement idiot : il aurait fallu conserver l’original L’empereur du pôle nord, manière pour les vagabonds qui sont le fond du film de se gausser d’eux-mêmes en s’intitulant en quelque sorte souverains du désert, souverains de l’absence ; souverains de rien du tout en fin de compte. Est-ce que pour autant cela aurait pu améliorer le film, dont le scénario est infantile et les dialogues d’une insignifiance caractérisée ? Je ne le crois pas, à dire vrai mais ça aurait au moins eu le mérite de recadrer les choses.  Read the rest of this entry »

Le festin de Babette

août 3rd, 2017

Une étrange affaire.

Étrange météore au ciel occidental, Le festin de Babette surprit heureusement beaucoup de monde en 1987. D’abord on ne connaissait pas ce Gabriel Axel, le réalisateur, qui emmenait notre Stéphane Audran tourner sous des latitudes improbables (et, à dire vrai, de mon point de vue, impossibles), une histoire absolument étrange, mélange de luthéranisme et de gastronomie. On s’étonnait du caractère à la fois guindé et chaleureux de l’histoire (guindé et chaleureux c’est antinomique ? c’est bien pour ça que l’on s’étonnait !). Et puis on avait une prévention défavorable parce que le récit est adapté d’une nouvelle de Karen Blixen, auteur du roman dont est tiré Out of Africa qui est le film le plus détesté de ma pléiade (remarquez, à force d’en dire du mal depuis le temps, je devrais bien me le repasser ; peut-être y connaîtrais-je mon chemin de Damas ?). En tout cas on ne pensait pas que qu’on regarderait Le festin de Babette avec plaisir trente ans après l’avoir vu. On a d’ailleurs perçu après coup que le réalisateur excellent du mémorable Curé de Tours télévisé (1982) avec Jean Carmet et Michel Bouquet était, curieusement, le même Gabriel Axel qui, quoiqu’il soit danois a beaucoup vécu à Paris. Read the rest of this entry »